En venant à bout de Clermont le samedi 13 mai 2017, les Saracens sont devenus double champions d’Europe en titre. Avec une finale de très grande qualité, les Saracens ont fait forte impression en livrant une prestation de très haut niveau. Contrairement à la finale de la saison précédente qui ne restera pas dans l’histoire de ce sport, la finale de cette saison nous a offert un spectacle de très bonne facture, notamment avec des Saracens qui ont pris le jeu à leur compte dès la première minute de la rencontre. Tentative d’analyse.

 

Jeu au pied

 

C’est l’un des points forts des anglais avec une charnière Wigglesworth / Farrell d’une précision diabolique et Alex Goode toujours là pour suppléer sa charnière et utiliser le jeu au pied à bon escient dans la ligne d’attaque. Sans surprise, ce sont ces trois joueurs qui ont le plus tapé au pied pour les Saracens.

 

Wigglesworth

Wigglesworth notamment a un jeu au pied d’occupation très précis. De plus, son coup de pied est très haut, ce qui permet une montée rapide de ses co-équipiers pour mettre sous pression l’équipe adverse qui n’a pas le temps de se mettre en mouvement.

 

On joue les toutes premières minutes de la rencontre, ce regroupement est d’ailleurs le premier de la rencontre après le coup d’envoi de Lopez. Dans ses 22 mètres, Wigglesworth dégage derrière le regroupement. Difficile à dire s’il voulait sortir ou non le ballon mais quoi qu’il en soit, le coup de pied du demi de mêlée anglais est excellent. Il met à mal Spedding qui a du mal à lire la trajectoire et commet une faute de main offrant une touche aux Saracens. On notera au passage la montée très rapide d’Ashton déjà là pour mettre sous pression Spedding au moment de la réception du ballon.

 

Farrell

 

Farrell dispose d’une longueur très intéressante dans son jeu au pied et n’hésite pas à l’utiliser pour sortir son équipe de sa propre moitié de terrain. Il est aussi très précis et capable de taper très haut.

 

 

Comme souvent dans leurs propres 40 mètres, les Saracens cherchent à occuper le terrain adverse. Cette fois Farrell voit qu’Abendanon est trop avancé et va le lober grâce à l’allonge de son coup de pied. Surpris, l’anglais ne peut se saisir du ballon avant le rebond et, sous pression, les Clermontois vont se mettre à la faute et redonner le ballon aux Sarries.

 

Ballon lent, pas d’avancée depuis le début de l’action, Farrell décide de taper un coup de pied. Il allume une chandelle qui va retomber très près de la touche obligeant Spedding et les Clermontois à concéder la touche.

 

Alex Goode

L’arrière anglais est le troisième joueur prépondérant dans le jeu au pied des Saracens. Lui aussi a un jeu au pied long et précis, mais Goode est également capable de se montrer précis dans un jeu au pied offensif.

 

 

J’anticipe un peu ici en parlant de l’animation offensive. Comme souvent, les Saracens jouent avec un joueur très proche du porteur de balle et une cellule ou un joueur plus en profondeur qui peut recevoir le ballon à tout moment et profiter du leurre créé par le premier soutien du porteur du ballon. C’est ce qui va se passer ici, permettant à Barritt puis Farrell d’écarter le ballon vers Goode. À ce moment l’arrière international du XV de la Rose prend l’information et voit la mauvaise montée défensive de Spedding, il décide alors de taper dans le dos ce dernier qui ne va pas avoir le temps de se retourner et va se faire prendre de vitesse par Chris Ashton qui arrive lancé.

 

Ici, on a l’exemple de la longueur et de la précision du jeu au pied d’Alex Goode. Cette action débouchera d’ailleurs sur un coup de pied directement en touche en suivant de Camille Lopez.

 

Animation offensive

 

Organisation générale

 

N’en déplaise aux détracteurs, le jeu offensif des Saracens est remarquable.
On a coutume de dire que, pour prendre en défaut une défense, le jeu offensif d’une équipe doit combiner plusieurs facteurs qui sont, entre autres, la rapidité d’exécution, la maîtrise technique, la vitesse dans les déplacements, la capacité à libérer rapidement les ballons sans trop se consommer, un soutien efficace… Bien entendu, on peut aussi rajouter la puissance dans les collisions et d’autres facteurs. De tout cela le jeu offensif des Saracens en est une parfaite synthèse.
D’abord lorsque les Sarries attaquent, chaque porteur du ballon a minimum un co-équipier autour de lui. Rares sont les moments où le porteur de balle se retrouve seul. Dans les situations les plus favorables, il a même plusieurs options :

 

  • un joueur à plat à ses côtés qui peut être son premier soutien ou dont il sera le premier soutien s’il lui fait une passe ou qui peut encore servir de leurre.
  • une cellule de joueurs un peu plus en profondeur

 

Owen Farrell vient de recevoir le ballon. Deux choix s’offrent lui :

  • jouer sur le joueur qui vient à sa hauteur (cercle rouge le plus à droite)
  • faire la passe à la cellule identifiée par le cercler rouge le plus à gauche et profiter du leurre du joueur qui vient à plat.

Owen Farrell va choisir de jouer sur Barritt, le joueur qui vient à sa hauteur, et profiter de sa densité physique pour créer un regroupement. Fait remarquable, la cellule non servie ne va pas être le premier soutien, mais va continuer à se placer au large. Les soutiens de Barritt vont être Mako Vunipola (numéro 1) et Jackson Wray (numéro 7). Pourtant très proche de l’impact, Billy Vunipola (numéro 8) ne va pas s’occuper de ce regroupement et va lui aussi aller au large.

 

Le même schéma autour du porteur du ballon se reproduit ici. Jamie George vient de recevoir le ballon (au passage on notera que le manieur du ballon peut être indifféremment un avant ou un trois-quart). Le talonneur anglais a lui aussi deux choix possibles avec Billy Vunipola (cercle rouge) et une cellule (trait rouge) dans laquelle s’est déjà replacé Owen Farrell. Cette fois, le premier choix va servir de leurre et mobiliser trois joueurs clermontois (trait bleu). Il faut dire que le leurre se nomme Billy Vunipola et qu’il est logique que plusieurs clermontois focalisent sur lui. Toutefois, faisant ce choix, la défense auvergnate est déjà largement en sous-nombre.

 

Sur cette image le sous-nombre est manifeste. Les anglais jouent un cinq contre trois. Avec un seul ruck dans l’action et trois passes, les Saracens ont créé un surnombre. Owen Farrel (croix rouge) va aller défier Rémi Lamerat pour ensuite servir dans l’intervalle Marcelo Bosch qui, d’un changement d’angle de course, va transpercer les deux centres clermontois pour offrir à Ashton une occasion d’essai. Mais celle-ci n’aboutira pas grâce à un retour du diable Vauvert d’Abendanon.

 

 

Toutes ces phases de jeu précédentes ont abouti à la première action dangereuse de la rencontre, et sont des situations que l’on va retrouver toute la rencontre. Mais d’autres variantes existent autour du porteur du ballon.

 

Dans ce cas de figure, on pourrait croire que nous sommes dans une situation similaire avec un joueur à hauteur (Jamie George, croix rouge) et une cellule en soutien. Il n’en est rien, nous sommes dans un cas de figure avec deux cellules de deux joueurs puisque Billy Vunipola (cercle rouge) fait partie de la première cellule.

 

Ces deux cellules sont beaucoup plus visibles ici (traits rouges). Encore une fois Billy Vunipola va servir de leurre. On voit clairement (flèches bleues), les deux défenseurs clermontois qui sont attirés par lui et s’apprêtent à défendre dessus. Mais Farrell va choisir de servir Jamie George et de l’envoyer dans l’intervalle qui s’est créé (flèche rouge).
La défense clermontoise va se faire transpercer, et, comme vu un peu plus haut, c’est encore une fois un leurre de Billy Vunipola qui crée une brèche dans la défense adverse.

 

Billy Vunipola, leurre Numéro Un

Comme les séquences précédentes le révèlent, Billy Vunipola est souvent utilisé en leurre lorsqu’il est positionné en tant que premier soutien offensif.

Cette image est un schéma de jeu que l’on retrouve de nombreuses fois au cours de la rencontre. Billy Vunipola (cercle rouge) est le joueur le plus à hauteur du porteur de balle Owen Farrell (croix rouge). Comme à son habitude, le colosse anglais va fixer deux défenseurs adverses juste en faisant action de jeu minimum.

Owen Farrell utilise Billy Vunipola comme d’un leurre et sert le joueur situé dans son dos (image précédente) Alex Goode (cercle rouge). Le décalage est alors fait puisque trois joueurs anglais sont démarqués (croix rouges). La défense clermontoise est en retard et logiquement Strettle a été obligé de serrer laissant une zone libre entre lui et la ligne de touche (zone rayée bleue). On peut cependant souligner le bon repli défensif en troisième rideau de Parra (joueur le plus à gauche). Il reste aussi en troisième rideau Scott Spedding, non visible à l’image. Mais le décalage généré par le jeu des Saracens va obliger l’arrière international français à monter rapidement. Voyant cette montée, Bosch adresse alors un subtil coup de pied qui aboutira à une situation très dangereuse pour Clermont.

 

 

Animation avec double leurre

 

Quelques fois, le jeu des Saracens comporte un deuxième leurre dans l’animation après un début de séquence offensive classique.

Situation de jeu classique, le porteur du ballon, ici Mako Vunipola, a un soutien sur sa droite qui va servir de leurre. Le pilier anglais va choisir de jouer pour Owen Farrell qui va continuer à écarter le jeu.

Owen Farrell vient de recevoir le ballon. Le schéma classique d’un soutien à hauteur et d’un soutien dans l’axe se reproduit : Marcelo Bosch va rentrer sa course pour aller fixer un défenseur clermontois. On peut d’ailleurs se demander s’il n’y a pas un léger passage à vide sur cette action. Quoi qu’il en soit, Farrell décide de servir Alex Goode qui n’a plus qu’à s’engouffrer dans l’espace qui vient de s’ouvrir pour inscrire l’essai de la gagne.

 

Jeu plus direct

 

Lorsque le jeu des Saracens devient plus direct, le joueur choisi n’est pas forcément le joueur le plus proche, mais celui qui arrive lancé au moment de la prise de balle. Les Saracens se mettent souvent à utiliser du jeu direct quand ils se reprochent de la ligne d’en-but adverse.

Le deuxième essai des Saracens en est la preuve absolue. Après avoir multiplié les temps de jeu et balayé le terrain dans les 22 mètres clermontois, les Sarries décident d’accélérer et d’être plus direct pour prendre de vitesse la défense auvergnate. C’est dans un premier temps Goode, servi à hauteur par Wigglesworth, qui crée une première brèche puis Kruis qui vient parachever le travail. Le timing des courses est parfait et les joueurs prennent le ballon au plus fort de leur accélération ne laissant d’autre choix à la défense que de subir.

 

Jeu au contact

 

Il arrive aussi parfois qu’un jeu plus direct se transforme en jeu au contact ou jeu debout à la toulousaine.

Le talonneur remplaçant Schalk Brits sollicite le ballon à hauteur de son regroupement. Mais mis sous pression, Wigglesworth ne donne pas une bonne passe : Brits s’adapte alors en se tournant pour faire vivre le ballon et sert Schalk Burger. Le troisième ligne sud-africain donne alors de suite le ballon sur un pas à Itoje qui sert Farrell lancé. Le ballon va ainsi continuer à vivre de main en main jusqu’à Billy Vunipola qui bouscule tout sur son passage pour se retrouver en zone rouge clermontoise.

 

Conclusion

 

Cette petite analyse a permis de voir que les Saracens sont une admirable machine au jeu bien huilé. Je n’ai volontairement pas parlé de conquête car celle-ci a été parfaitement partagée : Clermont et les Sarries ont gardé toutes leurs touches et gagné toutes leurs mêlées.
Les Saracens ont un jeu parfaitement en place avec des situations de jeu bien définies qui leur permet de continuer à conserver et faire vivre le ballon. Près des lignes, le jeu se fait plus direct mais tous les joueurs sont tout le temps en mouvement et arrivent lancés. Rares sont les situations où les joueurs se retrouvent seuls ou sans vitesse et arrêtés.
On peut aussi noter que les Anglais prennent vraiment très peu de risques dans leurs propres 40 mètres et proposent souvent du jeu au pied dans cette zone. Il faut dire que Wigglesworth, Farrell et Goode sont des maîtres en la matière et mettent souvent sous pression l’adversaire.
Je n’ai axé mon analyse que sur le jeu des Saracens. Toutefois, les Clermontois ont proposé une opposition de très grande qualité, mais ils ont souvent fait preuve de trop de précipitation et ont manqué de patience à certains moments-clefs. De manière générale, les Auvergnats ont manqué de maîtrise et certaines séquences étaient désordonnées pour mettre à mal une défense aussi bien organisée que celle des Anglais.

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.