C’est déjà le mois de Décembre et le temps des fameuses doubles confrontations en Champions Cup (matchs aller et retour contre le même adversaire) : des face à face cruciaux pour espérer jouer les phases finales au printemps ou se « reconcentrer sur le championnat » comme le veut l’adage. Et sur cette journée, certains clubs semblent déjà savoir si leurs joueurs pourront faire la grasse matinée le premier week-end d’avril.

 

Poule A

Racing – Glasgow 14-23 (MT 7-13)
Stade Yves du Manoir de Colombes – 8872 spectateurs
Arbitre : M.Doyle (Angleterre)

Glasgow n’en finit pas de grandir. Après son titre de champion du Pro12 en 2015, atteindre les phases finales de Champions Cup est désormais l’objectif avoué de la franchise écossaise, malgré le départ de Leone Nakarawa, passé à l’ennemi du jour. Ils l’ont montré en dominant, par le jeu, le champion de France en titre durant tout le match à l’image d’un Finn Russell qu’on aurait dit habité par le sens de l’attaque de son coach, Gregor Townsend, et qui aura largement dominé son vis-à-vis, un certain Dan Carter

Enorme match également de Jonny Gray dont on voit mal comment il pourrait ne pas être un Lion cet été en Nouvelle Zélande. Pour mémoire : 20 plaquages sur ce match, 0 ratés. Cela fait donc 830 minutes qu’il n’a pas raté un plaquage. Rappelons qu’il n’en a raté que 6 sur l’intégralité de sa carrière professionnelle…

Avec 2 matchs à domicile sur 3 à jouer, les Warriors sont désormais les favoris de cette poule A. Le Racing, lui, champion de France et finaliste européen l’an dernier, avec 0 points au compteur et un match décalé à gérer dans un calendrier toujours démentiel, est pratiquement éliminé. Et si finalement ce n’était pas l’individualité la plus spectaculaire de Glasgow qu’il aurait fallu recruter mais l’état d’esprit et l’envie de jouer des Ecossais ?

Munster – Leicester 38-0 (MT 19-0)
Thomond Park – 26500 spectateurs
Arbitre : M.Poite (France)

Le Grand Munster, géant de la scène européenne, est-il de retour ? Face des Tigers de Leicester qui, eux, n’en finissent pas de décevoir tant sur la scène domestique qu’européenne, les Irlandais ont fait parler la foudre et atomisé des Anglais bien pâles.

Néanmoins, il ne faut pas minimiser la performance de Tyler Bleyendaal et ses coéquipiers dont un Simon Zebo arrière pour l’occasion et auteur d’un magnifique essai : ce n’est que la deuxième de son histoire que le Leicester repart fanny d’une rencontre européenne (Ulster 33-0 en 2004). Il s’agit d’une véritable démonstration de force et les joueurs de Limerick semblent galvanisés par le souvenir d’Anthony Foley : 10 points en 2 rencontres, c’est le maximum possible.

Maintenant attention à la réaction du fauve anglais blessé dans son antre : le Racing, qui débutait alors sa compétion, était reparti battu de Welford Road.

Poule B

Zebres Rugby – Toulouse 6-36 (MT 6-29)
Stadio Sergio Lanfranchi – 26500 spectateurs
Arbitre : M.Davies (Pays de Galles)

Un club italien c’est 5 points. Visiblement il reste encore des vestiges de l’héritage de Guy Novès à Toulouse. Dans un brouillard épais et un match rendu brouillon et difficile par les conditions de jeu, le Satde Toulousain a assuré l’essentiel : marqué au moins les 4 essais du bonus avant la 60e (délai à partir duquel le match peut être arrêté et le résultat conservé).

Ils ont même fait mieux en inscrivant 5 essais, notamment grâce au doublé d’Arthur Bonneval, un jeune joueur qui rappelle les glorieuses années où les rouges et noirs alignaient des gamins qui devenaient champions de France avant d’être bacheliers.

Premier succès de la compétition pour Toulouse qui suivra de près le match retour Connacht-Wasps pour savoir s’ils auront une chance de continuer l’aventure européenne au Printemps.

Wasps – Connacht 32-17 (MT 13-10)
Ricoh Arena – 13364 spectateurs
Arbitre : M.Ruiz (France)

Il a coûté très cher mais il a marqué son premier essai européen dès ses premières minutes sur le pré. Et récolté son premier carton jaune également… Il s’agit bien sûr de Kurtney Beale, la star hors salary cap des Wasps. L’Australien, malgré 10 minutes passé sur le banc, a brillé dans cette rencontre, marquant donc un essai et en offrant un autre.

Comme un symbole, c’est Joe Launchbury, capitaine Anglais exemplaire, qui marque le dernier essai de la partie. Le Connacht a répondu du tac au tac durant 65 minutes, notamment par l’intermédiaire de Kieran Marmion, puis a craqué après 10 minutes de domination stérile dûe à trop d’approximation dans les passes. Cette fébrilité de fin de match est-elle liée à l’annonce du départ de Pat Lam pour Bristol la saison prochaine ?

Le match retour à Galway sera l’occasion de le savoir, surtout qu’avec les faibles Zebres dans cette poule B, la deuxième place sera qualificative.

Poule C

Saracens – Sale 50-3 (MT 26-3)
Allianz Park – 8746 spectateurs
Arbitre : M.Ruiz (France)

Match à sens unique entre les auteurs du doublé Champions Cup-Premiership et des Sharks qualifiés pour la Grande Coupe d’Europe par la petite porte. A la vue de ce match, la question mérite d’ailleurs d’être posée : peut-on vraiment qualifier de « Coupe des Champions » une compétition où plus de la moitié des équipes de trois championnats sont engagés ?

Heureusement qu’il pleuvait fort rendant le terrain détrempé (à défaut d’être lourd, synthétique oblige) et le ballon glissant, cela a évité une vraie humiliation aux Sharks qui ont encaissé 6 essais et récolté 3 cartons jaunes… Côté Sarries, Owen Farrell a distribué le jeu comme à l’entrainement et continue de démontrer sa fiabilité au pied et Sean Maitland, auteur d’un doublé, reste sur la forme affichée par l’Ecosse cet automne.

Plus que jamais, les Saracens font figure d’épouvantails dans cette compétition, n’ayant pas encore passé de véritable test, n’en déplaisent aux Toulonnais qui auront l’occasion de se racheter en janvier face à l’armada anglaise.

Toulon – Scarlets 31-20 (MT 24-13)
Stade Mayol – 11978 spectateurs
Arbitre : M.Garner (Angleterre)

Toulon a fait le job sur ce match, ne jouant finalement que 40 minutes sur les 80 du match. Mais cela a été suffisant pour marquer 4 essais à une équipe des Scarlets ultra-dominés physiquement. La paire de centres Matthieu BastareaudMa’a Nonu a été très efficace (à défaut d’être très complémentaire) et on a surtout retrouvé un Romain Taofifenua des très grands jours, puissant, perforateur et habile balle en main. De quoi lui rouvrir les portes de la sélection s’il confirme lors des prochains matchs ?

Il faudra néanmoins ne pas s’arrêter de jouer une fois le 4e essai marqué (à la 53e sur groupé pénétrant ce dimanche) lors des prochains matchs si le RCT souhaite poursuivre son parcours européen.

Poule D

Northampton – Leinster 10-37 (MT 3-10)
Franklin’s Gardens – 15151 spectateurs
Arbitre : M.Garces (France)

Le Leinster a conforté sa première place en s’imposant à Franklin’s Gardens, avec le bonus offensif, s’il vous plaît.

Privés de George North, enfin mis au repos après une nouvelle commotion cérébrale, les Saints n’ont pas fait illusion face à des Irlandais très en jambes à l’image du jeune international Garry Ringrose, l’une des nombreuses satisfactions de la tournée d’automne au sein du XV du trèfle, et du vétéran, capitaine et icone locale, Isa Nacewa qui, à 34 ans bien tassées, continue de donner le tournis aux défenseurs adverses.

Le principal fait marquant du match côté Northampton aura été l’entrée en jeu du capitaine du XV de la Rose, Dylan Hartley, à la 52e minute suivi de son expulsion 6 minutes plus tard pour plaquage dangereux sous les yeux de son sélectionneur national, Eddie Jones. Hartley a finalement écopé de 6 semaines de suspension et sera donc apte à jouer le Tournoi des 6 Nations. Peu de conséquences pour l’Angleterre donc et une simple ligne de plus au casier d’un joueur qui cumule désormais 60 semaines de suspension depuis son arrivée en Angleterre…

Montpellier – Castres 32-14 (MT 10-11)
Altrad Stadium – 11260 spectateurs
Arbitre : M.Whitehouse (Pays de Galles)

Les supporters de rugby aiment bien se chambrer, et depuis que Bourgoin a été rétrogradé, Castres est la cible favorite des moqueries concernant leur motivation en Coupe d’Europe.

Et il faut avouer qu’avec ce match, les Tarnais n’ont rien fait pour faire mentir cette mauvaise réputation européenne. Face à une équipe de Montpellier réduite à 14 dès la 19e minute suite à l’expulsion de Davit Kubriachvili, le CO n’a rivalisé qu’une mi-temps.

Aux retours des vestiaires, les Héraultais ont accéléré et fait littéralement exploser les Castrais en 2e mi-temps, marquant 3 essais en infériorité numérique et s’offrant ainsi une victoire bonifiée inespérée à la 79e grâce à un joli coup de pied à suivre de Nic White sur une passe après contact de Jim Nagusa. Un essai providentiel qui les maintient en vie dans cette compétition.

Les Castrais vont-ils se révolter à Pierre-Antoine ? C’est tout l’enjeu du match retour où on espère que les Samoans Alex Tulou et David Smith se sentiront moins seuls qu’à Montpellier.

Poule E

Ulster – ASM Clermont 39-23 (MT 22-18)
Kingspan Stadium – 16316 spectateurs
Arbitre : M.Barnes (Angleterre)

You. Shall. Not. Win. Gagner à Belfast, comme à Limerick, est un exploit majuscule. Même en réalisant un match de toute beauté et une entame parfaite.

Peceli Yato avait pourtant marqué apprès moins de 2 minutes de jeu pour les Montferrandais. Mais l’Ulster répondait immédiatement avec Luke Marshall. La première mi-temps allait être à l’image de ces 10 premières minutes : haletante, spectaculaire avec un Wesley Fofana de gala et 5 essais inscrits à la mi-temps dont un bijou de Paddy Jackson suite à un dribbling qui a dû ravir les nostalgiques des années 60’s.

De fait, Joe Schmidt partage actuellement avec Guy Novès la même problématique concernant le titulaire au poste d’ouvreur. La seule différence étant qu’en Irlande, il s’agit plutôt d’un problème de riches entre Sexton, Madigan et Jackson…

On esperait une deuxième mi-temps du même acabit mais ce sont les Ulstermen qui dominaient complétement le retour des vestiaires, inscrivant l’essai du bonus offensif dès la 46e minute. Et l’ancien joueur des Auckland Blues, Charles Piutau inscrivait même son essai personnel au sein d’un match où il rayonna de toute sa classe. Ruan Pienaar aura aussi fait montre de tout son talent, lui qui quittera son club de coeur à la fin de la saison pour rejoindre Montpellier à cause de la nouvelle politique de la fédération irlandaise.

Mais l’ASM sut trouver les ressources nécessaires pour se réveiller en fin de match et inscrire l’essai du double bonus (un pour les 4 essais, un pour la défaite de moins de 7 points) à 5 minutes de la fin du match. Grâce à ces 2 points, l’ASM reste première de son groupe et est la seule formation française à pouvoir envisager sereinement la suite de la compétition. Et gagner au stade Michelin est aussi un exploit majuscule…

Exeter Chiefs – Union Bordeaux)Bègles 7-13 (MT 7-3)
Sandy Park – 9143 spectateurs
Arbitre : M.Owens (Pays de Galles)

C’est une UBB orpheline de son manager Raphael Ibanez, occupé à commenter un match du RCT à la télévision, qui a réussi un petit exploit en Angleterre en s’imposant sur le fil et dans le brouillard (décidément) à Exeter.

Après une première demie-heure de domination des Chiefs concrétisée par un essai de Jack Maunder, le brouillard est tombé sur Sandy Park et le vent, lui a tourné en faveur des visiteurs. Joueuse en Top14, l’UBB s’est au contraire ancrée sur les valeurs types du championnat français à partir de ce moment-là pour gagner le match : grosse mêlée, grosse défense, bon buteur et suspens à défaut de spectacle. Et à ce petit jeu, on ne peut qu’admirer le pragmatisme des Béglais bien menés par Baptiste Serin, auteur d’un essai décisif et qui confirme match après match tout son talent.

Le match aurait pu basculer en faveur des Chiefs si James Short, après avoir traversé toute la défense béglaise et éliminé 4 défenseurs, n’avait pas échappé le ballon au moment d’aplatir. Mais au final, c’est l’UBB qui s’impose et reste en course pour les quarts de finale dans une poule dense où il risque de n’y avoir qu’un seul qualifié. Malheureusement c’est bien dans cette même poule que résident les deux meilleures chances françaises pour atteindre les phases finales.

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