Oui, l’état du rugby à XV aux Samoa aujourd’hui fait penser au final nihiliste des aventures de Snake Plissken, le héros de « New York 1997 » et « Los Angeles 2013 ».

Et tout comme les films de Carpenter dont il est issu, tout y est un peu bancal, avec quelques ratés et de grands moments d’anthologie et c’est surtout l’histoire d’une rébellion contre l’ordre établi avec le même succès en demi-teinte.

Il y a deux ans, en 2014, de nombreux rugbymen s’étaient trouvé une cause commune, des All Blacks au XV de France en passant par les Saracens, l’ASM et tant d’autres.

Non, malgré les apparences, il ne s’agissait pas d’annihiler le RCT mais de protester contre les mesures de rétorsion et les menaces du gouvernement Samoan à l’encontre des joueurs de sa propre équipe nationale.

Car c’est bien connu, seuls un Samoan peut menacer sans trembler 30 fois 120kg de muscles samoans accusés d’être adeptes de la technique très spécifique du tampon-décapitation (rappelons que nous parlons d’une équipe où David Marty aurait été qualifié de Jules Plisson local, aligné à côté de Brian le Chiropracteur Lima)

Ce mouvement avait touché la planète rugby toute entière au travers d’un slogan commun : « Samoa United » et été le théâtre d’une lutte sans précédent entre les joueurs, leur fédération et World Rugby. Mais revenons 5 ans en arrière pour mieux comprendre ce qui s’est joué il y a 2 ans et se joue encore aujourd’hui à quelques jours du choc contre le XV de France au stadium de Toulouse.

 

Les All-blacks apportent leur soutien aux samoen avec le slogan "Samoa United"

Les All-blacks apportent leur soutien aux samoen avec le slogan « Samoa United »

 

Appellez moi Samoa.

 

Nous sommes en 2011, la Coupe du Monde de rugby va se jouer en Nouvelle Zélande, ce qui peut le plus s’apparenter à une Coupe du Monde à domicile pour les Iles du Pacifique engagées, et notamment les îles Samoa.

En effet, il faut savoir qu’il y a aujourd’hui presqu’autant de Samoans en Nouvelle Zélande (150.000 dont 100.000 dans la périphérie d’Auckland) que sur les deux îles principales de l’archipel (190.000). Et dans le squad samoan de cette RWC2011, on ne compte pas moins de 15 Samoan New Zealanders : des Samoans nés ou ayant grandi en Nouvelle Zélande (seule l’Italie fait mieux, mais ce doit être dû au reste de l’Empire Romain qui s’étendait à son apogée de l’Argentine jusqu’à l’Australie)

Pourquoi autant ? Cette fois, il faut remonter plus loin encore…

On ne va pas forcément au peuplement des Samoa vers 3000 av. JC, ni même à leur intégration à l’empire Tu’i Tonga du Xe au XIIIe siècle (période qui équivaut à notre guerre de cent ans locale et peut expliquer un petit surplus de motivation et d’agressivité lors des matchs Tonga-Samoa à l’image des matchs France-Angleterre, Ecosse-Angleterre, Pays-de-Galles-Angleterre, Irlande-Angleterre, Afrique du Sud-Angleterre, Australie-Angleterre ou Argentine-Angleterre par exemple) mais au début du XXe siècle. Devenues colonie Allemande à la fin du XIXe siècle, les Samoa passèrent sous contrôle de la Nouvelle Zélande de la première guerre mondiale jusqu’à obtenir leur indépendance en 1962 suite à la longue lutte pacifiste du mouvement Mau.

20 ans plus tard, une loi Néo-Zélandaise permettait aux Samoans nés avant 1948, et leurs enfants, de devenir citoyens néo-zélandais, mais à la subtile condition de résider en Nouvelle Zélande avant le 14/09/1982 ou d’y arriver pour vivre en tant que résidents permanents après cette date.

Sachant que malgré des plages paradisiaques, des lagons turquoises et une douceur de vie vantées par Stevenson, les Samoa sont aux alentours de la 100e place à l’indice de développement humain de l’ONU, pas étonnant que beaucoup de Samoans et leurs familles soient arrivés en Nouvelle Zélande dans les années 80 afin d’obtenir la nationalité kiwi.

Et, par ricochet, de voir arriver beaucoup de Samoan New Zealanders au sein des All Blacks 20 ans plus tard, nés sur place ou arrivé très jeunes avec leurs familles.

Mais parmi tous ces jeunes Samoan New Zealanders, d’autres choisirent de porter le maillot bleu de leurs origines plutôt que la tunique noire, parfois par choix mais surtout bien souvent parce que ne pouvant prétendre à une place au sein des prestigieux All Blacks. Mais en 2011, cette coupe du monde se joue donc chez eux, même s’ils ne portent pas le maillot à la fougère argentée.

 

Escape from Auckland 2011

 

Comme d’habitude, les Samoa n’ont pas joué d’équipes Tiers 1 à domicile depuis 8 ans et une tournée de l’Irlande en 2003.

Petit aparté amusant, cela correspond aussi à la dernière visite d’un Tiers1 aux Tonga, cette « petite » équipe qui avait fait trembler les deux finalistes lors de la CdM 2007 et battu en poule le finaliste malheureux en 2011…

Tiens, autre petit détail tout aussi cocasse, les Tonga ont en commun avec les Samoa d’avoir disputé des matchs historiques en Coupe du Monde :

Le premier match de rugby d’une durée de 79’ face à l’Afrique du Sud en 2007 pour les Tonga.

Le premier match à 15 contre 16 face à l’Angleterre en 2003 pour les Samoa.

Et après, les mauvaises langues diront que les instances internationales du rugby ne font rien pour permettre à ces petites équipes de marquer l’histoire de ce sport. Les ingrats.

Fin de l’aparté.

 

Bref, comme ses voisins du Pacifique, les Samoa n’ont plus joué à domicile depuis belle lurette mais leur tournée en Europe en 2010 a été assez convaincante avec des défaites très honorables face à l’Angleterre (20-10), l’Irlande (23-13) et l’Ecosse (19-16) et surtout ils viennent de battre l’Australie, à Sydney. Et pas n’importe quelle Australie : celle qui vient de remporter le Tri-Nations et dont les Reds ont triomphé en Super Rugby. Au sein de l’équipe humiliée 23-32 sur son propre sol, on retrouve entre autres D. Ioane, A. Ashley-Cooper, M. Giteau, R. Elsom…

En fait, il semble que de tous les titulaires, seul S. Moore n’aurait pas eu le temps de confectionner des highlights Youtube pour être recruté en Top14 suite à cette claque magistrale.

Et puis, surtout, Denis O’Brien, millionnaire irlandais et propriétaire de Digiciel a décidé d’aider financièrement les Manu Samoa en signant un contrat de partenariat-mécénat en 2009.

Dans la poule la plus relevée (Afrique du Sud, Pays de Galles, Fidji, Samoa et Namibie), les Samoa ont néanmoins une vraie carte à jouer pour accéder aux ¼ de finale pour la première fois depuis 1995

Malheureusement certaines décisions arbitrales litigieuses lors des matchs contre le Pays-de-Galles (17-10) et l’Afrique du Sud (13-5) vont participer à ruiner tous ces espoirs. Participer seulement. Parce que ces matchs, la fédération samoane va très bien aider ses propres joueurs à les perdre.

Il faut dire que la compétition commençait bien pour les Manu Samoa, sans aucun ballon pour le premier entrainement…

Et durant toute la compétition, les joueurs ne verront jamais la couleur de l’argent des dons récoltés auprès d’une population faisant partie des plus pauvres au monde. Par contre, le management de la SRU sur place (le manager Mathew Vaea, le vice-président Harry Schuster, le directeur général Peter Schuster, le manager adjoint Ryan Schuster [Oui, c’est toujours plus sein quand les choses restent au sein de la même famille…]) passera son temps à boire et à se croire en vacances, logeant dans des hôtels 5 étoiles et invitant des amis à partager leur séjour en terre kiwi, faisant de la rétention sur les équipements fournis par l’IRB ou la SRU…

Forcément, cela a fortement pesé sur l’entraineur Tafua et son staff technique dans l’organisation des entrainements et, bien sûr, sur les joueurs abandonnés à eux-mêmes…

Ce n’était pas le premier cas de détournement de fonds, de malversation ou de mauvaise gouvernance de la SRU mais cette fois, une voix s’éleva. Mahonri Schwalger, capitaine de la sélection, écrivit une lettre ouverte au premier ministre Tuilaepa Sa’ilele Malielegaoi, par ailleurs président de la fédération Samoane et ministre des affaires étrangères (les 3 missions se confondant un peu).

Dans un pays habitué au mutisme et à l’obéissance stricte à la hiérarchie et aux anciens, ce réquisitoire publié dans le quotidien local fut un véritable séisme. Le manager Mathew Vaea fut finalement condamné à payer 100 cochons d’amende (arrêtez tout de suite d’imaginer Paul Goze donnant la même sanction …) et la SRU lança un audit sur sa gestion interne.

Dernière mesure drastique de la SRU : parce qu’il avait osé dénoncer les dérives de ses supérieurs, Mo Schwalger fut écarté de l’équipe en 2012.

Le fait qu’il remporta alors le Super Rugby avec les Chiefs fit émettre quelques doutes sur la version officielle de son éviction (« trop vieux ») alors qu’il suffisait d’arguer comme tout le monde le sait si bien en France que le Super Rugby, ça ne défend pas, il n’y pas de mêlées, que les mecs n’y jouent pas vraiment au rugby en fait, et que si le Sud nous met des tannées à chaque tournée, c’est dû au calendrier, aux absents, à l’arbitre, au terrain qui était trop lourd et aux sangliers qui avaient mangé des cochonneries…

Mais les résultats de 2012 firent un peu oublier ce fiasco. Les Manu Samoa réussirent leur tournée, gagnant au Pays de Galles et échouant de très peu face à une France tellement sous le choc de l’arbitrage de M. Joubert 1an plus tôt qu’elle ne vit rien à redire sur celui de M. Lacey ce soir-là.

Ils grimpaient même à la 8e place du classement IRB à la fin de l’année et étaient ainsi assurés d’être dans le deuxième chapeau pour le tirage de la Coupe du Monde 2011.

Puis dans la foulée, ils réalisèrent un excellent tournoi en Afrique du Sud, battant l’Ecosse et l’Italie et s’inclinant qu’en finale face aux hôtes, non sans combattre âprement. L’avenir s’annonçait relativement radieux pour les Manu Samoa à l’approche d’une Coupe du Monde abordable, ayant hérité d’une poule homogène avec l’Afrique du Sud, l’Ecosse, le Japon et les USA.

Surtout pour la première fois, ils avaient un calendrier enfin favorable avec des temps de repos de 7 jours en moyenne entre chaque match. Sur le terrain tout semblait idéal. Mais sur le terrain, seulement…

 

Je te croyais mort.

Alors que l’audit de la SRU lancé en 2012 n’avait révélé aucun dysfonctionnement interne (on ne trouve que ce qu’on cherche) et que, sur le terrain, les 2 dernières années avaient été réussies sportivement, le mouvement « Samoa United » de 2014 raviva d’un coup toutes les braises d’une révolte qui couvait depuis 3 ans.

Comme en 2011, des joueurs désabusés se retrouvèrent confronté à l’absence de communication et de dialogue avec Lefau Harry Schuster, toujours vice-président de la SRU. Mais cette fois, ils décidèrent alors de boycotter la rencontre prévue face à l’Angleterre, à Twickenham.

En tête de ce mouvement, Dan Leo, ancien joueur de l’UBB et de l’USAP, avait brisé l’omerta dans la presse, révélant les menaces de la fédération (donc du gouvernement samoan, si vous avez bien suivi), sur leurs carrières internationales et surtout sur les familles des joueurs (il faut savoir notamment que les terres appartiennent au gouvernement).

Le président de la fédération/premier ministre Tuilaepa Sa’ilele Malielegaoi avait à cette occasion traité les joueurs de « sales gosses ». Ce qui semblait drôlement plus menaçant venant d’un Premier Ministre de 150kg aux dérives autocratiques que d’un Lapinou déçu un surlendemain de victoire étriquée contre le Pays de Galles.

Mais que souhaitaient obtenir les joueurs avec ce mouvement et ce boycott ? Améliorer leurs conditions en sélection, moins de contrôle politique sur les sélectionneurs et les joueurs, et plus de transparence dans les finances de la SRU.

Il faut savoir que notamment les joueurs paient leur billet d’avion eux-mêmes pour jouer avec les Manu Samoa (un Aller-Retour Londres-Apia coûtant un peu plus cher qu’un billet de train Bayonne-Marcoussis) et que les primes de matchs n’avaient pas augmenté depuis 1999.

A la base, c’était la revendication première : passer de 400 à 550€. Il faut savoir que pour plusieurs joueurs non pros, jouer pour les Manu Samoa signifie perdre de l’argent. « Ils gagneraient plus en étant manutentionnaires chez Tesco » disait d’ailleurs Dan Leo.

Si le mouvement a été soutenu par les joueurs du monde entier, Wolrd Rugby par contre n’entendait pas voir un match à guichet fermé être annulé. C’est pourquoi, selon Dan Leo, Mark Egan (directeur de la performance et des compétitions à World Rugby) a menacé les joueurs d’être exclus de la Coupe du Monde et des JO 2016 si le boycott était maintenu.

 

Joueurs anglais et samoen réunis à la fin de la rencontre longtemps menacé de boycott.

Joueurs anglais et samoen réunis à la fin de la rencontre longtemps menacé de boycott.

Mais les joueurs tinrent bon et obtinrent ce qu’ils voulaient mais au prix de la tête de Daniel Leo.

Comme celle de Mahonri Schwalger 3 ans avant lui.

Et celle de Eliota Fuimaono Sapolu appelant la SRU et World Rugby à des changements radicaux sur fond de tweets et d’interviews ininterrompus depuis la Coupe du Monde 2011.

Si le mouvement « Samoa United » permit d’obtenir de premières avancées pour les joueurs, c’est l’échec de la Coupe du Monde 2015 (1 seule victoire contre les USA) qui va véritablement lancé le temps des grands changements au sein du rugby Samoan.

 

J’en pense que vous devriez chercher un autre Vice-Président.

 

Le premier et le plus emblématique des changements étaient réclamé depuis longtemps : le départ de Lefau Harry Schuster comme vice-président de la fédération Samoane et comme président de la confédération océanienne, ce qui faisait de lui le représentant des îles du Pacifique auprès de World Rugby.

Ne vous inquiétez pas pour lui, tel un Bernard Laporte des antipodes, il est désormais ministre et est même très fortement pressenti pour être le prochain premier ministre quand Tuilaepa Malielegaoi, en poste depuis 18 ans, acceptera de rendre le pouvoir.

Néanmoins son départ n’est pas sans conséquence pour les Samoa. Voir pour cela le rappel en fin d’article sur les relations de World Rugby avec les Samoa, leurs voisins du Pacifique et leurs collègues du Tiers2.

En plus du départ de Lefau Harry Schuster, d’autres mouvements ont eu lieu :

Faleomavaega Vincent Fepulea’I est ainsi promu nouveau directeur général de la fédération après un interim en juillet et la réussite du test face aux All Blacks.

Le Néo-Zélandais Brian Hopley, l’ancien directeur de la performance de la province du Southland, est désormais manager général.

Alama Ieremia, éphémère Manu Samoa de 1992 à 1993 et surtout All Black de 1994 à 2000 (il formait avec Frank Bunce la paire de centres Samoane des All Blacks entre 1994 et 1997) est le nouvel entraineur principal des Manu Samoa. Il était auparavant assistant coach des Suntory SunGoliath puis de Wellington et finalement des Hurricanes en SuperRugby. Il s’agit donc de son premier poste en tant qu’entraineur principal.

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Alama Ieremia le nouvel entraineur des Manu Samoa.

Ces changements ont été forcés par la déception que fut la dernière Coupe du Monde et la 15e place au classement mondial. La pire de l’histoire des Samoa, dûe à une tournée 2014 catastrophique, pour cause, et une Coupe du Monde 2015 extrêmement décevante.

Il y a 4 ans à peine, ils avaient atteint la 8e place (rivalisant avec la France et l’Argentine et devançant Pays de Galles et Ecosse notamment) mais ils étaient alors coachés par Pat Lam, l’actuel entraineur du Connacht, champion en titre de Pro12 et certainement l’entraineur le plus intéressant et innovant en Europe actuellement.

Parmi les chantiers importants de cette nouvelle direction de la SRU, on trouve le problème de joueurs déclinant la sélection, pour jouer pour un autre pays ou obligé de rester avec son club Européen par nécessité financière. Mais la SRU est impuissante sur ce sujet que World Rugby ne semble toujours pas prendre au sérieux aujourd’hui. Voir pour plus de détails, le même rappel que tout à l’heure (n’ayez pas peur : c’est plus court et il y a des images).

Il y a aussi le problème du rassemblement et de la coordination des joueurs basés en Europe. Ieremia déclarait d’ailleurs en début d’année qu’il s’agissait d’un secteur clé pour la compétitivité des Manu Samoa et souhaitait prendre exemple sur le modèle du XIII kiwi, admettant que d’autres nations du Tiers2 faisaient bien mieux.

Car malgré les quelques changements, quelque chose s’est définitivement cassé entre les joueurs en Europe et la fédération samoane avec le mouvement « Samoa United »

D’ailleurs, la SRU semble partagé le constat que le problème principal est le nombre de joueurs à l’étranger. Que ce soient les Samoan New Zealanders ou les joueurs pros partis en Europe.

Plus insoumis que les joueurs locaux, leur gestion semble compliquée pour la fédération samoane.

Elle a donc aussi accéléré sa politique de sélection de joueurs locaux en équipe nationale en renforçant la sélection Samoa A qui vient de participer à un tournoi en Uruguay avec notamment l’Argentine A et les Fiji Warriors.

 

Allez-vous faire f***, je vais en Australie !

 

Mais le gros coup de la SRU pour cette sélection A, c’est surtout sa participation au premier Brisbane 10’s de l’histoire en févier 217.

Il s’agit d’un tournoi de rugby à 10 (pas de 3e ligne, une seul centre et pas d’arrière) qui se tiendra donc à Brisbane, en Australie.

Il rassemblera les 10 franchises de SuperRugby Néo-Zélandaises et Australiennes, les Bulls pour l’Afrique du Sud mais aussi Panasonic Wild Knights (le club japonais de Fumiaki Tanaka), le RC Toulon et donc, une équipe des Samoa.

L’ambition de ce tournoi est de devenir l’équivalent à XV du Auckland Nines en rugby à XIII, un tournoi 9 de pré-saison réunissant toutes les équipes de NRL lançant la saison de façon festive.

Et c’est une chance inouïe pour une sélection samoane essentiellement composée de joueurs locaux de se confronter à des clubs de très haut niveau, même sur un format réduit.

Il faut d’ailleurs noter qu’après la Nouvelle Zélande qui a donc été joué à Apia et aide à la rénovation du stade de Nuku’alofa (Tonga), c’est l’Australie qui vient de tendre la main aux Îles du Pacifique.

Car en plus de l’intégration des Samoa au sein du Brisbane 10’s, une équipe des Fidjis participera à la prochaine saison du NRC, le championnat provincial australien.

Ces intégrations semblent être une nouvelle étape dans les relations entre grands voisins et petites îles du Pacifique. Mais à l’heure où de plus en plus de joueurs Fidjiens sont sélectionnés par l’Australie, et même récemment par la Nouvelle Zélande, ce n’est peut-être pas aussi désintéressé qu’on puisse le penser. Il faudra voir pour cela, si ce sont les Fiji Warriors (l’équipe A des Fidji) qui seront inscrits, seul moyen de bloquer les joueurs par la fédération fidjienne avec le 7 et l’équipe 1.

Néanmoins cette main tendue de l’Australie est peut-être le signe d’un changement de politique vis à vis des Îles du Pacifique par leur très puissant voisin.

Aujourd’hui, l’Australie compte 5 franchises en Super Rugby mais n’a pas les moyens financiers ni le nombre de joueurs de haut niveau pour autant de franchises et cette année encore 2 franchises ont été menacées d’être dissoutes (Force et Brumbies). Et le vieux serpent de mer d’une équipe du Pacifique revient à la surface pour compenser l’éventuelle réduction à 4 franchises du contingent Australien. Mais comme il en était question au début des années 2000, puis à l’annonce de la création des Rebels…

Cela est-il souhaitable ? Oui, bien sûr.

Cela est-il réalisable ? Bien plus difficilement.

Contrairement au rugby européen, la plupart des franchises de Super Rugby ne dépendent pas de mécènes pouvant les abandonner du jour au lendemain s’ils trouvent une nouvelle danseuse.

Seuls les Rebels ont des fonds privés et cela n’est pas pour l’instant un gage de réussite dans cette compétition.

Et pourtant il s’agirait là de la seule possibilité pour les Îles du Pacifique (une franchise uniquement samoane ou fidjienne semble encore plus utopique qu’une franchise ilienne basée en Australie) de prétendre à une équipe au sein de cette compétition en lieu et place d’une des 5 franchises australiennes. Mais quel millionnaire s’intéresserait au sort du rugby du Pacifique après l’échec de Denis O’Brien avec les Manu Samoa ? Et quel millionnaire accepterait de devoir négocier avec 3 des fédérations de rugby les plus mal gouvernées au monde (même devant la FFR, si, si)

Et il faudrait du temps et dépenser de l’argent à perte pour lancer ainsi des joueurs principalement locaux dans la meilleure compétition de clubs du monde.

Autant dire que même avec les problèmes actuels de l’ARU, une franchise de Super Rugby des Pacific Islanders n’est pas encore à l’ordre du jour mais jamais la conjoncture pour cette éventualité n’a pas été aussi forte alors qu’il ne s’agit que de balbutiements et d’intégrations à des tournois mineurs.

Mais après tout, n’est-ce pas en 2e division Sud-Africaine que les Argentins ont commencé leur parcours pour finalement intégrer le Super Rugby en 2016 ?

 

C’est vrai qu’ils comprennent vite.

 

C’est donc le développement de joueurs locaux qui est une priorité pour les Samoa.

Les Samoa bénéficient depuis 2010 d’une Unité de Haute Performance financée par World Rugby mais dont la gestion par la SRU a déjà été épinglée il y a 5 ans par les instances internationales.

N’imaginez pas un Marcoussis sous les cocotiers. Il s’agit juste d’un bâtiment au toit en tôle ondulée avec une salle de musculation, des vestiaires, quelques bureaux et salles de réunion. Il donne sur un terrain avec de pelouse et 2 poteaux. Bon, pas de lignes au sol mais c’est déjà tellement mieux que l’ancien terrain au bord de la Main West Road, entre Apia et l’aéroport de Faleolo.

Et c’est bien mieux que certains de leurs voisins. Les Tonga, par exemple, n’ont plus de terrain homologué par World Rugby. Et ce sont la Nouvelle Zélande et la Papouasie-Nouvelle Guinée (dont est originaire le nouveau président de la confédération océanienne) qui paient les travaux de rénovation. En espérant que tout soit fini pour le mois de juin afin de pouvoir accueillir le Pays de Galles en tournée et ne pas devoir délocaliser le match à Auckland. Le suspens reste donc entier pour savoir si les Tonga pourront enfin accueillir leur premier test match contre un Tiers1 (même s’il s’agira d’une équipe du Pays de Galles amputée de ses meilleurs joueurs retenus avec les Lions) depuis 14 ans…

Parallèlement à ce programme fédéral d’Unité d’Haute Performance  aidé par World Rugby, Mahonri Shwalger, l’ancien capitaine de la Coupe du Monde 2011 par qui tout a commencé, a lancé sa propre académie de formation. Et le succès est au rendez-vous, au point d’ouvrir une nouvelle antenne sur Savai’i, la plus grande mais la moins peuplée des 2 îles principales de l’archipel (faut dire que les Samoans sont peut-être téméraires sur un terrain de rugby mais la plupart ne le sont pas assez pour vivre sur un volcan actif à 4h de bateau du seul McDonald’s du pays… Mis à part la famille Tuilagi, bien sûr)

Un signe fort de la part du « Capitaine du peuple » quand toutes les installations de la SRU sont basées sur Upolu, l’île principale. Et peut-être la mise en place d’un début de contre-pouvoir même si la SRU assure ne pas voir ces académies comme des concurrentes et réfléchir à travailler avec elles.

Si côté joueurs, la priorité semble donner aux locaux. Côté entraineur, la SRU cherche par contre du renfort à l’étranger pour ce qui semble être le nouvel axe de développement du rugby samoan.

 

Et qu’est-ce que tu vas faire ?    – Disparaître.

 

En effet, si les Samoa restent le pays au plus fort ratio licenciés rugby/population du monde (10%), ce n’est peut-être plus à XV qu’est son avenir.

De plus en plus de Samoans sont notamment attirés par le football US. Les salaires, notamment en NFL, y sont bien plus élevés et le nombre de Samoans évoluant dans ce sport est en pleine expansion. Il s’agit même aujourd’hui de l’ethnie la plus représentée proportionnellement au sein de ce sport.

Ils étaient d’ailleurs 5 Samoans sur les 66 joueurs de la Draft NFL en 2015 et sont presque 250 en NFL et NCAA.

Peut-être également consciente que le professionnalisme et les règles de World Rugby ne permettent plus de lutter à armes égales avec d’autres fédérations plus riches, la SRU semble avoir décidé depuis l’an dernier de tout miser sur le rugby à 7.

Le billet de WST10 (sefulu tala en gagana samoa) commémore la victoire des Samoa 7 à HongKong en 2007

Le billet de WST10 (sefulu tala en gagana samoa) commémore la victoire des Samoa 7 à HongKong en 2007

Ce format du jeu a en effet beaucoup plus d’avantages que le XV pour les Samoa :

  • Pas de conflits avec les clubs Européens pour obtenir les joueurs ni même pour les défrayer. En effet, il s’agit de joueurs locaux. Et les trajets sont pris en charge par World Rugby.
  • Autant de matchs que les autres nations. Donc la possibilité de progresser en jouant contre les meilleurs et une visibilité identique ou presque pour toutes les équipes. Ce qui a une vraie importance, question sponsoring notamment.
  • Une compétition vraiment internationale et indécise. La notion de « petite équipe » n’existe pas au sein des Core Teams, chacune pouvant réaliser un exploit sur un match ou un tournoi.
  • Besoin de moins de joueurs pour former un squad (avec un vivier local d’environ 5000 licenciés seniors, cela compte)
  • Une vraie chance de victoires, que ce soit une épreuve du World Series, comme l’an dernier à Paris ou un titre comme en 2010, voire, ce qui doit être l’espoir secret de la SRU, la première médaille olympique voire le premier titre olympique de l’histoire des Samoa.

Et c’est bien ce dernier objectif qui est devenu primordial car permettant à une toute petite nation de se faire connaître internationalement, comme ce fut le cas avec le rugby à XV amateur. Rappelons pour ceux qui l’auraient oublié que le président de la SRU est premier ministre mais également ministre des affaires étrangères. Le sport n’est que la poursuite de la diplomatie par d’autres moyens…

 

Et la SRU vient de mettre les moyens et spectaculairement, sans doute jalouse aussi du succès de son homologue fidjienne et de sa success story olympique quand les Samoa 7 ont échoué à se qualifier pour Rio. Ce qui est d’ailleurs la raison principale du limogeage du premier Etranger à la tête de la sélection à 7 (coucou la FFR) : Damian McGrath.

Celui-ci a dû constituer un groupe pour la saison 2016 en partant de zéro. Il a même dû jouer certains tournois avec moins de 10 joueurs valides. Mais les Samoa ont néanmoins réussi à gagner l’épreuve de Paris et à finir 9eme mondial, devant l’équipe de France et juste derrière l’Angleterre, preuve du potentiel du vivier local.

Mais la SRU a une tradition d’intransigeance avec ses coachs : c’était un résultat en-deça de l’objectif fixé en début d’année (8e place) et Lalomilo fut bien limogé malgré une belle 4e place en 2012.

Et surtout l’échec de Monaco (éliminé par l’Espagne à la dernière seconde du Tournoi de Repêchage dont les Samoa étaient les archi-favoris), les a privé des Jeux Olympiques et scellé le sort de Damian McGrath, malgré des dissensions au sein de la commission fédérale chargée de statuer sur son sort.

Il faut aussi dire que ses relations plus que tendues avec Brian Lima (entraineur adjoint) et Masunu Talapusi (manager de l’équipe), dont il aurait cherché à se débarrasser avant le tournoi de repêchage de Monaco, n’auront pas aidé l’équipe à évoluer dans la sérénité nécessaire pour atteindre l’objectif de se qualifier pour les Jeux Olympiques.

Mais cet échec a paradoxalement fait entrer les Samoa dans une autre dimension au niveau du petit monde du rugby à 7 avec l’annonce du remplaçant du coach anglais limogé sans ménagement.

Rien d’autre que le plus grand coach de 7 de l’histoire. Celui qui a placé la Nouvelle Zélande au firmament de ce sport, remportant 12 des 17 titres de World Series depuis leur création : Gordon Tietjens (pour nos amis exclusivement XVistes, je ne crois pas qu’il y ait vraiment d’équivalent, peut-être Guy Novès si celui-ci avait été 17 fois champions de France avec Toulouse pendant sa carrière, et pas seulement 10 fois…)

Gordon Tietjens et SBW

Gordon Tietjens et SBW

Certains objecteront que Tietjens semble, comme Novès d’ailleurs, avoir décliné sur les deux dernières années, subissant la loi des Fidjiens de Ben Ryan. Et surtout il a totalement raté sa campagne olympique, terminant à une très décevante 5e place avec les All Blacks 7.

Ces objections sont fondées mais réussir à attirer une pointure comme Gordon Tietjens est un signal extrêmement fort pour une petite fédération comme les Samoa.

Tout comme l’est la nomination de Stephen Betham comme assistant coach même si celle-ci a fait logiquement moins de bruit. Il faut rappeler que ce dernier a mené les Samoa 7 à leur seul titre en 2010, dirigeait les Manu Samoa lors de la dernière Coupe du Monde à XV et est considéré comme le meilleur coach local actuel.

La SRU n’a pas essayé de faire venir Pat Lam, excellent avec le Connacht, pour coacher les Manu Samoa, l’équipe qu’il avait menée à la 8e place mondiale en 2012. Ni chercher à attirer quelques pointures du XV qui auraient pu être disponibles après la Coupe du Monde 2015 (Lancaster, Cotter, Deans…)

Non, c’est pour le Sevens qu’elle a déployé tous ses moyens et désormais le sport prioritaire aux Samoa est bien le rugby à 7.

Et ce n’est sûrement qu’une question de temps pour que ce soit le cas d’autres petites nations historiques du rugby à XV.

Bienvenue parmi les Tiers2…

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Pour ceux qui voudraient découvrir le rugby et la culture samoane sans se taper 35h d’avion, je recommande la lecture de l’excellent ouvrage de Julien Clément, anthropologue :

Julien CLEMENT, « Cultures physiques : le rugby de Samoa« , Editions Rue D’Ulm, Paris, 2014        EAN : 9782728805150 (toujours très utile pour aider votre libraire, merci pour lui)

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1 – Ele Opeloge [l’haltérophile samoane qui apparait 2 secondes dans le générique de l’émission « Quotidien »] devrait logiquement obtenir une médaille d’argent sur tapis vert après les contrôles antidopage de Pekin 2008 mais pour l’instant les Samoa ne comptent toujours aucune médaille aux JO contrairement à leurs voisins Fidjiens [Or Rugby à 7] et Tongiens [Argent Boxe + de 91kg]

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