Samedi comme beaucoup d’entre vous j’étais devant ma télé pour regarder le choc entre les deux derniers champions d’Europe, Toulon et les Saracens. Rapidement j’ai pu constater une différence énorme au niveau des positionnements des soutiens offensifs. Bien entendu j’ai conscience que le RCT est dans une phase de reconstruction avec un nouveau coach principal et plein d’autres coaches satellites, mais la différence, surtout en première mi-temps était manifeste. Sans prétendre détenir la vérité, je vous propose quelques pistes de réflexion concernant le jeu offensif des Saracens et de Toulon.

Les Saracens, une machine bien huilée

Première action de la rencontre

Bien évidemment les Saracens ne sont pas champions d’équipe pour rien. Peu d’équipes en Europe peuvent se permettre d’arriver à Mayol, de prendre le jeu à son compte et de bousculer le RCT comme ils l’ont fait.

Les Saracens fonctionnent offensivement par système de blocs. Bien entendu cela n’est absolument pas une révolution, mais tous les joueurs ont un rôle et sont utiles offensivement. Exemple ci dessous avec la toute première action de la rencontre :

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Deux cellules (nommées bloc1 et bloc2) sont déjà en place sur l’action. Le porteur de balle du premier bloc est en train de faire une passe au joueur juste à côté de lui, il devient ensuite premier soutien comme l’autre joueur avec une croix noire au-dessus de lui. Cela permet une libération rapide du ballon vers le bloc 2 qui est déjà en place.
Ce bloc d’ailleurs est constituée de trois joueurs à ce moment précis, mais, après le ruck, seulement les deux premiers joueurs du bloc resteront dans cette cellule. En effet le joueur avec une croix rouge qui sort du ruck précédent sait déjà qu’il ne fera pas partie du ruck suivant et va aller se positionner directement bloc 2 pour la suite de l’action.

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Lorsque l’action rebondit, le bloc matérialisé par l’arc de cercle en noir monopolise 5 joueurs toulonnais (croix blanches). Les Saracens vont donc intelligemment décider d’utiliser ce bloc en leurre. En effet la personne qui va réceptionner le ballon côté anglais ne va pas aller au contact mais passer au trois-quart positionné dans le dos de ce bloc (croix noire). Les autres joueurs anglais donc déjà en action pour se déployer au large (flèches noires).

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Si le décalage n’est pas vraiment fait numériquement, les joueurs anglais sont dans le sens de la marche tandis que les joueurs toulonnais sont en retard ou sur les talons. De plus les soutiens anglais sont déjà en place, ce qui va permettre une nouvelle fois au jeu de rebondir et aux Saracens d’obtenir une pénalité juste un peu plus tard.

 

Premier essai des Saracens

Le déroulement de la première action que j’ai décrite ci-dessus va se répéter sur le premier essai anglais. Tout d’abord l’action commence par une touche anglaise dans les 22 toulonnais suivi d’un groupé-pénétrant qui va avancer sur une dizaine de mètres. Les Saracens vont ensuite chercher le milieu de terrain avant de revenir côté fermé là où la touche a été jouée. Notre analyse commence maintenant.

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Exactement comme sur la première action de la rencontre, les Sarries commencent leur jeu au large par solliciter un premier bloc (arc de cercle en noir). Schalk Burger (croix noire) reçoit le ballon, il va faire une petite passe au joueur au centre du bloc avant d’être le premier soutien tout comme le joueur le plus à droite du bloc (Itoje).

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Sur le temps de jeu suivant en revanche les anglais varient. Farrell (croix noire) va recevoir le ballon et se servir de ses deux avants (arc de cercle noir) comme leurre pour jouer avec ses trois-quarts vers le large et faire la passe vers son centre.

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Le leurre a parfaitement fonctionné, tous les défenseurs toulonnais, hormis l’ailier (croix blanche) qui est resté sur son aile, vont se jeter à cet endroit alors qu’ils auraient fallu glisser vers l’extérieur pour aller défendre sur les trois-quarts anglais déjà en place et en surnombre.

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Le décalage est créé, les trois-quarts anglais vont maintenant jouer parfaitement ce surnombre pour permettre à Maitland de marquer en coin malgré les retours de Nonu et Halfpenny

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La réaction toulonnaise. 

Sur le coup d’envoi suivant cet essai, les toulonnais vont récupérer le ballon. L’action va révéler les carences offensives des varois.

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Après avoir récupéré le renvoi Tillous-Bordes va jouer un petit côté. L’action va rebondir grand champ. Sur l’image on peut voir qu’une première cellule (cercle blanc) est presque créée bien que les joueurs soient un peu loin les uns des autres pour être une vraie cellule prompte à jouer le ballon et à être rapidement au soutien. Qui plus est on retrouve dans cette cellule l’ouvreur François Trinh-Duc, les joueurs vont donc décider de jouer sur ce dernier qui va écarter vers Guirado (croix blanche). Non seulement personne n’a été fixé, mais en plus Guirado est seul et sans soutien autour de lui comme on peut s’apercevoir avec la grande distance que l’on trouve entre lui et la « cellule ».

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Guirado, plaqué par Jackson Wray et avec Schalk Burger déjà présent, est en difficulté au sol. Au prix de beaucoup d’efforts et de quelques soutiens consommés, les toulonnais parviennent à récupérer le ballon. Ils vont encore jouer côté fermé avant de rebondir grand champ.

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Tillous-Bordes vient d’écarter et cherchent l’appui de sa première cellule. Seulement celle-ci est mal organisée et Vermeulen prend le ballon directement. Dans son élan celui-ci se coupe quelques fractions de seconde de son soutien, provoquant une nouvelle fois une sortie de balle difficile.
De plus le positionnement de Trinh-Duc pose problème. Si le jeu est ordonné sur cette cellule, pourquoi celui-ci se place derrière cette cellule et non plus au large en attendant que le ballon sorte? Toutefois on peut noter une ébauche de cellule après lui (bloc 2) ce qui est plutôt pas mal pour continuer à faire vivre le ballon ensuite, mais les toulonnais ne vont jamais l’utiliser.

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Malheureusement sur le temps de jeu suivant, Tillous-Bordes ne va pas solliciter cette cellule mais va chercher son ouvreur Trinh-Duc. Le problème est que ce dernier a décidé de jouer le drop. Mais il n’est pas assez en profondeur et va se faire contrer.

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L’action n’est cependant pas terminée. En effet Gorgodze récupère le ballon contré et va défier la défense anglaise. Seul, il va se couper de son soutien obligeant les siens à utiliser 4 joueurs (croix blanches) afin de libérer le ballon. Là aussi la redistribution toulonnaise est mauvaise. Le joueur du RCT marqué d’une croix noire ne sert absolument à rien dans l’action obligeant Tillous-Bordes a écarter sur Fernandez-Lobbe qui va se retrouver avec le seul soutien d’Habana et en très grand sous-nombre offensif. Si l’argentin va réussir à conserver le ballon avant que celui-ci ne finisse d’être perdu par un mauvais jeu au pied de Nonu, cette action symbolise à elle seule toute l’incapacité toulonnaise dans le replacement offensif pour pouvoir espérer bousculer une défense aussi bien organisée que celle des Saracens. 

Au total le RCT aura conservé tant que bien mal le ballon pendant 1 minutes et neuf temps de jeu sans avancer d’un seul mètre.

Conclusion

Il est évident que l’analyse de ces trois actions seule ne peut nous permettre de tirer une conclusion définitive sur le jeu offensif des toulonnais et des Saracens. Toutefois elle nous permet de nous faire une idée du travail à effectuer pour les toulonnais afin de revenir au niveau d’un champion d’Europe comme les Saracens qui est une machine formidablement bien huilée. D’ailleurs en seconde mi-temps si les varois ont réussi à faire douter les anglais c’est, entre autres, grâce à une meilleure organisation offensive et l’entrée d’un joueur comme Romain Taofifenua qui, grâce à son physique et à sa dextérité, a réussi à faire jouer autour de lui et à mettre à mal la défense anglaise.

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

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