Julien Robineau, vous êtes le préparateur physique de l’équipe de France masculine de rugby à 7, présentez-vous ?

Julien Robineau : Je suis le préparateur physique des garçons depuis 2011. Je suis arrivé ici en tant que préparateur physique du pôle France, puis des moins de 20 ans et ensuite je suis passé sur le rugby à 7 et le groupe pro garçon. J’étais sur les féminines au début, mais maintenant, je ne m’occupe que des garçons.

 

Les garçons ont validé leur billet pour les JO de Rio, il y a un an ; cela laisse t’il plus de temps et de sérénité pour organiser une préparation « spéciale » JO ?

Julien Robineau : Oui, c’est certain. Si nous n’avions pas été qualifiés il y a un an, nous aurions du disputer le tournoi de repêchage qui s’est tenu à Monaco mi juin ; donc en terme de préparation, ça aurait été très réduit. Les JO sont maintenant dans moins de 30 jours, ça nous retire donc une part de stress qui est quand même assez conséquente. C’est donc un gain de temps. Nous avons pu aborder cette saison de manière plutôt sereine et surtout, nous avons pu faire reposer tous nos joueurs suite à cette qualification européenne l’an passée. Donc on gagne du temps sur la préparation terminale.

 

Chaque joueur a un profil particulier ; est-ce l’équipe qui s’adapte à une préparation physique spécifique ou chaque joueur a-t-elle sa préparation ?

Julien Robineau : C’est un peu des deux. Il y a une préparation physique spécifique au 7 qui est commune aux joueurs ; on ne peut pas faire de l’individualisation à outrance. La préparation commune représente 75 à 80 % du travail des joueurs ; le reste est de l’individualisation, mais pas forcément au poste. Au rugby à 7 on a des postes qui se ressemble contrairement au rugby à 15 qui a des profils très marqué (avants et 3/4). Au rugby à 7, ce n’est pas si distingué que cela.

 

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Préparation physique et préparation mentale sont-elles liées ?

Julien Robineau : Bien sur, c’est lié. Les aspects mentaux, psychologiques, cognitifs, sont à placer devant ; après, intervient tout ce qui est tactique, physique et technique. Et puis des joueurs qui fatiguent moins vite auront la capacité à prendre la bonne décision au bon moment avec plus de lucidité. Donc le lien entre les deux est très étroit.

 

Y a-t-il une grande différence entre la préparation physique des garçons et celle des filles ?

Julien Robineau : Les filles sont en mesure d’encaisser de grosses charges de travail. Il y a cependant de petites distinctions, car le jeu est un peu différent. Chez les filles, il y a moins de franchissement. Il y a moins de profils très rapides et très puissants qui sont amenés à casser la ligne et à marquer très rapidement, ce qui fait que les séquences de jeu durent plus longtemps que chez les garçons. Chez les garçons, ça marque très rapidement ; on peut avoir des séquences de jeu qui durent 1 mn à 1 mn 30 ; chez les filles, il est fréquent d’avoir des séquences de jeu qui durent plus de 2 minutes. C’est moins explosif et moins marqué sur les changements de rythme. Du coup, chez les garçons, on insiste moins sur le côté « endurance » que chez les filles. Chez les garçons, ce qui nous intéresse, c’est la vitesse, la puissance et le lactique.

 

Avez-vous des échanges avec d’autres préparateurs physiques du World Series?

Julien Robineau : Un petit peu. On vit ensemble pendant la saison, nous sommes dans les mêmes hôtels, les mêmes salles de musculation… On partage tout à 7, donc on voit comment les autres fonctionnent.

 

 Y a-t-il une grande différence de préparation entre les nations du Top 4 mondial et les autres ?

Julien Robineau : Il y a des particularités dans chaque pays et ça se voit aussi à la détection des joueurs au-delà du travail physique. Par exemple, les canadiens ou les australiens ont des profils très corpulents, très massifs. Les français, les anglais ou les argentins ont des profils plus petits, plus rapides, plus fins. J’imagine donc que les canadiens et les australiens passent plus de temps que nous en salle de musculation.

 

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La préparation physique diffère t’elle lorsqu’il s’agit de préparer des athlètes pendant une année sur du World Series ou lorsqu’il s’agit d’une préparation olympique ?

Julien Robineau : Ce sont 2 choses complètement différentes. Cette saison, 2015-2016, nous l’avons décomposée en 3 temps : Une première période qui est allée de septembre à novembre, vraiment basée sur la préparation des World Series et le premier tournoi qui avait lieu en décembre. Donc pendant ces 2,5 mois, on a eu une grosse charge de travail. A partir du moment où la compétition a commencé, on avait un enchaînement de compétitions tous les mois ou tous les mois et demi. Là on ne peut plus entreprendre de travail intense entre ces tournois, c’est la régénération qui prime, donc on mettait vraiment l’accent sur la récupération. Bien sur, on continuait à s’entraîner, mais avec des charges beaucoup plus souples, beaucoup moins importantes que celles du début de saison. Quand le World Series s’est terminé, on a mis nos joueurs au repos et maintenant, nous sommes repartis sur une période d’entraînement, avec une charge similaire à celle du début de saison, mais avec d’autres formes d’entraînements. Au début de la saison, on sortait d’une période de vacances de 6 semaines ; là ce n’est pas le cas, on a eu que 2 semaines. Les garçons ne se sont pas arrêtés, ils se sont régénérés; on fait moins d’endurance, mais on a pu rentrer plus vite dans le vif du sujet avec plus de lactique, de puissance et de vitesse.

 

Le climat va-t-il jouer un rôle ?

Julien Robineau : Oui, il faut s’y préparer, mais on ne sait pas ce qui nous attend. On est en contact avec Yann Le Meur (YLM Sport Science NDLR) qui s’est rendu au Brésil au mois d’août l’année dernière ; il a eu de tout comme climat, tempéré, environ 25°c, de la pluie, très chaud avec 35°c et beaucoup d’humidité, donc il faut se préparer à tout et on ne sait pas ce que nous aurons. Donc, sur la partie terminale de notre cycle d’entrainement, mi-juillet, nous allons faire des entraînements dans des conditions de forte chaleur. Nous avons conçu une chambre de chaleur pour entraîner les garçons.

 

Le côté scientifique, dans une préparation physique, est-il important et est-ce une science ?

Julien Robineau : Oui, j’aime la considérer comme cela. J’ai un profil un peu scientifique, j’ai fait une thèse en physiologie de l’entraînement et j’aime bien maîtriser le plus possible les choses et laisser le moins possible la part au hasard.

 

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Comment gérez-vous les décalages horaires pour la récupération des garçons ?

Julien Robineau : Là ça va être simple ; il n’y a que 5 ou 6 heures de décalage avec Rio donc ça va se faire naturellement. On part le 27 juillet, pour un début de compétition le 9 août ; il faut compter une journée par heure de décalage, donc théoriquement en une semaine, c’est réglé. Il faudra gérer le début de nos entraînements sur place.

 

La diététique fait-elle partie de la préparation physique ?

Julien Robineau : Oui bien sur, ça fait partie de l’entraînement « caché » du joueur. On insiste beaucoup auprès d’eux. Il y a toutes les dépenses physiques, énergétiques, celles que l’on voit et qu’ils font sur le terrain ou en salle de musculation et puis il y a tout ce qui après et qui concerne la récupération, la balnéothérapie, les étirements, l’hydratation, la nutrition et le sommeil. Si les choses sont bien faites sur le terrain et qu’après c’est n’importe quoi, le travail est sapé et les résultats ne seront pas là. Il faut donc aller au bout des choses.

 

Que ferez-vous dans 20 ans ?

Julien Robineau : Je ne sais pas, je n’ai aucune idée…C’est une bonne question. Pour l’instant, j’ai toujours envie de travailler dans le rugby à 7 parce que c’est une discipline extraordinaire et très riche en terme de conception d’entraînements et de préparation physique, contrairement à 15, où il y a des échéances tous les week-end. Au 7, on a des vraies plages de travail, de développement, de récupération…donc j’espère rester le plus longtemps possible dans le rugby à 7. On verra ensuite…

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2 Réponses

  1. SAKELU

    Article et interview très intéressant, notamment entre les différentes approches de la préparation physique entre les filles et les garçons, on aimerait en savoir plus… Après, je pense que cette différence dans la forme de jeu entre les hommes et les femmes risque de changer tant le rugby à 7 féminin évolue ces dernières saisons,car de plus en plus rapide et puissant, je suis sûr que dans quelque temps, on prendra autant de plaisir a regarder les deux meme si le jeu masculin reste un spectacle incroyable d’ actions a tres grande vitesse.
    Par contre je suis un peu en désaccord quand il parle des profils des joueurs à 7, qui même si je le reconnais ont un tronc commun dans le rapport à la vitesse notamment, ont tout de même pour chacun des 7 postes des profils très différents et particuliers. Je pense qu’ils sont à prendre en compte de façon très spécifique dans la préparation individuelle des joueurs.
    Merci en tout cas de nous faire partager cet entretien à travers ces quelques lignes de qualité.

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    • Sabine

      Merci. Julien Robineau pour les garçons et Anthony Couderc pour les filles, se sont prêtés avec beaucoup de sérieux à ces entretiens. Ils étaient ravis de partager leur expérience et nous, de leur poser ces questions…

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