Anthony Couderc est le préparateur physique de l’équipe féminine de rugby à 7. Avant de partir pour Tignes avec les « Enragées » pour affiner leur préparation avant le début des JO de Rio, il  a répondu à nos questions pour nous éclairer sur sa mission et son rôle au sein de l’équipe.

 

Anthony Couderc, vous êtes le préparateur physique de l’équipe de France féminine de rugby à 7, présentez-vous ?

Anthony Couderc : Bonjour et tout d’abord merci pour votre intérêt. J’ai 31 ans et suis en mission sur cette équipe depuis septembre 2012. Une carrière de 20 ans de gymnastique derrière moi, m’a forgé un caractère particulier me permettant d’évoluer dans le haut-niveau, et ma formation en STAPS (Licence à Marseille, Master à Montpellier et Doctorat (en cours) à Orsay et au laboratoire de l’INSEP), m’ont permis de me rendre fort de compétences pour mener à bien les différentes missions qui me sont demandées au travers de ce métier.

 

  Vous avez été préparateur physique de l’équipe féminine de rugby de Jacou ; est-ce de là que vous vient votre intérêt pour le rugby en général et pour le rugby féminin en particulier ?

Anthony Couderc : Tout à fait, sans nul doute. C’est bien les filles de Jacou (les Shaki, Now, Mémé, Coll, Mumu, Marjo, Cissou et bien d’autres) qui en 2009, au moment où j’ai fait mes premiers pas dans le rugby féminin, m’ont transmis/offert, ce goût pour le rugby. Leur accueil, certainement atypique, mais typique dans le rugby féminin, fut si chaleureux, que je n’en suis plus sorti depuis ! A l’époque, accompagné par un entraîneur talentueux (Claude Boudier), qui a su m’introduire à merveille dans cette discipline, je me suis senti très vite à mon aise pour m’épanouir dans ce métier.

 

Pourquoi plus les filles que les garçons ?

Anthony Couderc : Certains pourraient se montrer retissant à travailler avec ce public, mais moi, je m’y régale ! Du moment où l’on arrive à donner du sens à ce que l’on fait, elles pourraient vous suivre au bout du monde ! Elles ne trichent jamais, sont déterminées et c’est toujours avec plaisir que je prends du temps à souvent, les faire souffrir (et elles en sont reconnaissantes et ça, c’est toujours une satisfaction) !

 

Les filles ont validé leur billet pour les JO de Rio, il y a un an ; cela laisse t’il plus de temps et de sérénité pour organiser une préparation « spéciale » JO ?

Anthony Couderc : En effet, une année pour préparer cet événement, c’est précieux, ce n’est pas le cas de tous, il faut en être conscient ! Nous avons beaucoup échangé avec le staff et en particulier avec David Courteix (le coach), qui se montre très intéressé et intéressant quand il s’agit de parler de préparation physique. Donc oui, la préparation pour les JO est spéciale en effet, elle a été testée en pré-saison, sur les deux mois qui précédaient le premier tournoi du circuit mondial.  Des modalités d’entrainement en altitude, puis en chaleur, avec une part importante d’enchaînement de tâches à haute intensité ont été testées. Ce concept s’est montré convaincant puisque les performances physiques de nos joueuses ont significativement augmenté, ce qui s’est largement ressenti sur le terrain et donc sur leur performance rugbystique. Validé par l’ensemble du staff et par les joueuses, nous avons donc tout simplement à répéter le processus pré-JO (avec quelques ajustements et surprises supplémentaires évidemment).

 

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Crédit photo : Vincent Inigo

 

Chaque joueuse a un profil particulier ; est-ce l’équipe qui s’adapte à une préparation physique spécifique ou chaque joueuse a-t-elle sa préparation ?

Anthony Couderc : Un socle commun a été réalisé par l’ensemble du groupe sur une bonne partie de la saison. Aujourd’hui, c’est très difficile de faire un programme par joueuse. Les entraînements collectifs l’emportent sur la préparation physique (ce qui est normal), puis même si je suis aidé par un étudiant de Master 2 cette fin de saison (Bertrand Mathieu), pour tout ce qui relève du monitoring, je reste cependant seul pour 21 joueuses. Pour autant, sur la fin de la préparation, les contenus en musculation et certaines séances courues seront individualisées par rapport au profil de la joueuses, afin d’affiner au maximum, la préparation terminale de chacune.

 

Y a-t-il une grande différence entre la préparation physique des garçons et celle des filles ?

Anthony Couderc : Difficile de comparer précisément car nous travaillons/échangeons trop peu avec les garçons (malheureusement, par manque de temps). Les filles semblent courir plus aux entraînements, et les garçons eux, ont une dimension physique bien supérieure à elles (de par le genre), qui engendre des charges en musculations qui sont certainement plus importantes. Cependant, la pratique du 7 est tellement exigeante, que filles comme garçons, sont obligés de s’infliger des charges d’entrainement importantes, pour tenter d’exister sur le circuit mondial.

 

Avez-vous des échanges avec d’autres préparateurs physiques du World Series?

Anthony Couderc : Très peu, car beaucoup souhaitent garder leur « recette » pour eux ! Je ne suis pas comme çà et aime échanger pour évoluer sans cesse. Le seul préparateur physique avec qui j’échange sur le circuit WS, est celui du Brésil (on échange sur nos données GPS). A côté de ça, j’ai entamé une collaboration pour un article scientifique sur le Rugby à 7 avec le préparateur des Néo-Z (cependant, nous n’avons pas encore échangé sur leur prépa…peut-être après les JO) J

 

 Y a-t-il une grande différence de préparation entre les nations du Top 4 mondial et les autres ?

Anthony Couderc : Pas certains que le TOP4 mondial fasse bien plus que nous les poursuivants aux 5, 6 et 7ème rang (au vu de la charge qu’arrivent à s’avaler les notre). Pour autant, peut-être que les autres y mettent plus de rigueur et de constance que nous… Les Australiennes ont cependant des qualités de puissance sur les membres inférieurs que nous n’avons pas ; je pense donc, que, de ce côté, elles ont un temps d’avance sur nous.

 

La préparation physique diffère t’elle lorsqu’il s’agit de préparer des athlètes pendant une année sur du World Series ou lorsqu’il s’agit d’une préparation olympique ?

Anthony Couderc : Les jeux, on les prépare depuis 2009. C’est un projet de longue haleine pendant lequel le coach a testé beaucoup de choses et a fait grandir les filles. Concernant la préparation, certes en phase terminale, elle s’intensifie car nous avons la chance d’être suivi par notre fédération et d’avoir les filles à 100% professionnelles sur les 4 derniers mois de préparation. Puis, l’objectif principal étant unique et déterminé, alors en effet, la préparation devient plus spécifique encore que tout au long de l’année du WS.

 

Le côté scientifique, la recherche et les nouvelles technologies, sont elles importantes dans une préparation physique ?

Anthony Couderc : Achevant ma thèse sur le Rugby à 7, avec une approche en physiologie du sport, je ne peux que penser que le côté scientifique, nous permet de réaliser une analyse fine de l’activité et ainsi, proposer des entraînements spécifiques bien plus précis. La cellule recherche de la fédération nous accompagne beaucoup, au travers de Mathieu Lacome et Julien Piscione, dans la conception des planifications et dans l’accompagnement scientifique. Cependant, l’échange avec les hommes de terrain reste à mon avis indispensable pour rester cohérent avec les exigences de la discipline.

 

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Peut-on dire que la préparation physique de sportifs de haut niveau, est aujourd’hui une science ?

Anthony Couderc : Je n’irai pas jusque-là, car certains grands entraîneurs, avec parfois seulement « l’œil du maquignon », ont su faire de grands champions ! Puis les athlètes ne sont pas tous identiques, et ne répondent pas tous de la même façon à diverses sollicitations.

Les formations actuelles des préparateurs physiques s’appuyant beaucoup sur les nouvelles sciences, peut-être qu’en effet, dans quelques années, une science de la préparation physique verra le jour. Je reste convaincu malgré tout, que l’expérience dans ce métier, pèse parfois lourd dans la balance et que seule la science, ne suffirait pas…

 

Le sport a aujourd’hui une dimension marketing et financière très importante ; la préparation physique en tient-elle compte en demandant aux personnes plus que le corps ne peut parfois encaisser ?

Anthony Couderc : Je ne tiens pas compte dans mes exigences à l’entrainement, des dimensions marketing et financières…je ne crois pas que le Rugby à 7 Féminin soit aujourd’hui très impacté par cela. Même si les exigences sont importantes, elles sont toujours dans le respect de l’intégrité physique de la joueuse. Je n’irai jamais à l’encontre de mes principes si c’est pour répondre à une exigence de ce type.

 

Comment gérez-vous les décalages horaires pour la récupération des filles ?

Anthony Couderc : Plusieurs points sont abordés avec les joueuses pour gérer les décalages horaires. Le premier réside dans l’anticipation : à J-4 ou J-3, en fonction des fuseaux horaires, on demande aux joueuses de se lever/coucher plus ou moins tard, chaque jour. Ensuite pendant le vol et en fonction du temps de vol, parfois des restrictions du sommeil peuvent être demandées pour créer une dette de sommeil et faciliter l’endormissement à l’arrivée. Puis d’autres conseils sont donnés à l’arrivée des joueuses sur le site, concernant l’alimentation, la lumière, les douches, les siestes…un tas de paramètres qui permettent de minimiser au mieux, le jetlag.  

 

Les filles encaissent-elles mieux et plus que les garçons, une préparation physique intense ?

Anthony Couderc : Certains répondraient oui d’autres non : il n’y a pas de vérité à mon avis. Tout dépend du vécu des athlètes, de leur passé et de leur passion pour l’entrainement. Avoir envie de se faire mal, souvent, c’est pas donné à tout le monde (fille ou garçon)…

 

Préparation physique et préparation mentale sont-elles liées ?

Anthony Couderc : Sans être préparateur mental, le préparateur physique se doit d’avoir des notions sur cette partie-là, car il est très souvent avec les joueuses et encore plus avec les blessés (avec qui le rapport et l’approche peut parfois être plus particulier). Les deux préparations sont en effet très liées car on pousse souvent les athlètes dans leur dernier retranchement, pour autant jusqu’ou, je n’ai pas la réponse.

 

La diététique fait-elle partie de la préparation physique et si oui, y a-t-il des menus conçus pour les filles avant, pendant et après une compétition ?

Anthony Couderc : La partie nutrition aujourd’hui est devenu un incontournable dans la préparation physique car les charges sont telles, qu’une alimentation des plus classique adaptée pour un sédentaire, ou les excès que des gens lambda peuvent s’autoriser quelques soirées ou en weekend, ne conviendraient pas du tout avec les besoins qu’ont ces filles, vis-à-vis des entraînements.

S’appuyant sur des référents dans ce domaine que nous avons à la FFR (Eve Tiollier et Xavier Bigard) et sous couvert de l’AMA, des stratégies nutritionnelles sont élaborées. Les filles suivent une alimentation bien spécifique pendant les deux jours de tournoi et consomment des boissons d’effort pendant les matchs ainsi que des boissons de récupération après les matchs.

 

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Aujourd’hui, l’homme ou la femme est-il une machine ?

Anthony Couderc : Désolé, mais je n’ai pas eu la moyenne au Bac en philo…je préfère donc ne pas répondre à cette question.

 

Aux JO de Rio, ou voyez-vous terminer les filles ?

Anthony Couderc : Sur le podium ce serait beau, la seconde place serait magique et la plus haute marche serait extraordinaire !!!! (le meilleur dans tout-cela, c’est qu’elles sont capables de bousculer la hiérarchie en place).

 

Que ferez-vous dans 20 ans ?

Anthony Couderc : J’aurais peut-être quitté les pelouses et les salles de musculation, pour passer derrière un bureau en Fac de Sport, là où j’ai fait mes classes afin de transmettre à mon tour…mais qui sait ? On ne sait pas de quoi demain sera fait !

 

Que souhaitez-vous ajouter ?

Anthony Couderc : Que c’était un réel plaisir de répondre à vos questions et que j’espère que ceux qui auront pris le temps de lire ces quelques lignes, auront compris tout l’amour que j’ai pour ce métier, ces filles et ce sport, et qu’ils seront nombreux à nous supporter les 6, 7 et 8 Août prochain, pour une belle aventure, je l’espère ! Merci.

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