Vendredi dernier commençait l’édition 2016 du Super Rugby. Comme souvent on trouve dans cette compétition beaucoup d’innovations. J’en veux pour preuve le dernier essai des Chiefs face aux Crusaders qui mérite une petite analyse.

L’action :

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J’ai trouvé cette action très intéressante à analyser car il n’y a pas de saut de la part de l’alignement des Chiefs, ce qui est, je crois, une nouveauté sur ballons portés après une touche. Voyons étape par étape comment ont procédé les Chiefs dans l’exécution de cette action.

Le contexte :

On joue la 74ème minute de la rencontre, les Chiefs ne sont devant que d’un seul petit point (22-21) et bénéficient d’une touche à 5m de l’en but des Crusaders. D’aucuns parleront d’une pénaltouche, ce qui est vrai avec des touches dans cette zone du terrain.

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Le positionnement de départ est des plus classiques. Les Chiefs ont placé leurs trois principaux preneurs de balle dans l’alignement (matérialisé par des croix noires) que sont Retallick, Allardice et Bardoul. L’alignement est aussi divisée en deux blocs matérialisés par les cercles noirs.
Bref rien de plus classique, tout le monde s’attend à un lancer en milieu d’alignement pour former un groupé-pénétrant. Seule la présence et le positionnement de Brad Weber (Numéro 21 noir) sont plutôt inhabituels. Souvent dans le même cas de figure le demi de mêlée de l’équipe qui lance le ballon se place derrière le premier bloc de saut.

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Nathan Harris, le talonneur des Chiefs, n’a pas encore effectué son lancer mais son alignement commence déjà à bouger. Maama Vaipulu, caché par Allardice sur l’image, a fait un mouvement vers l’intérieur du terrain (flèche qui va vers la gauche) comme s’il allait porter Retallick. Seulement celui-ci ne s’arrête pas vers le lifteur, mais se dirige vers le premier bloc de saut, tout comme Allardice (flèches vers la droite).

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Nathan Harris vient d’effectuer le lancer. Trois joueurs des Chiefs (croix noires) sont en mouvement vers le premier bloc de saut (cercle noir). Seul Ben Funnel (cercle rouge) côté Crusaders a compris que quelque chose d’inhabituel était en train de se passer. Mais son regard est orienté vers le mouvement des joueurs des Chiefs (flèche rouge) alors que le lancer vient d’être effectué. A noter aussi l’attitude de Siate Tokolahi (numéro 18 des Chiefs) qui sait que Bardoul ne va pas sauter et se prépare déjà à le protéger pour la poussée du groupé-pénétrant.

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Bardoul (numéro 20) vient de réceptionner le ballon. Le lancer a bien fait les 5m réglementaires (cercle ovale du bas), l’arbitre laisse logiquement le jeu se dérouler.

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Dès la réception du ballon, Bardoul s’est tourné pour le mettre bien au chaud permettant au mouvement de bien s’enclencher. Les Crusaders sont pris de vitesse et 4 joueurs (croix rouges) sont déjà mis hors jeu alors que côté Chiefs seul Brad Weber ne participe pas à l’action (croix noire). Dans une moindre mesure Siate Tokolahi est lui aussi en retard, mais son mouvement va vers le maul qui se forme. Les Chiefs se retrouvent d’ailleurs dès le début en supériorité numérique dans ce maul.

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Cette image permet de mettre en évidence le fait que la vitesse d’exécution des Chiefs leur a permis de bénéficier d’une évidente supériorité numérique sur le groupé-pénétrant. En effet, trois joueurs des Crusaders (croix rouges) sont totalement mis hors course.
Autre élément très important, les Chiefs ont très bien structuré leur maul et assurent une poussée axiale (flèches noires) qui, vu leur supériorité numérique et le manque d’organisation des Crusaders, va faire mouche et propulser Sam Cane derrière la ligne pour un essai imparable.

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Conclusion :

Cette action est très intéressante et confirme le fait que les Chiefs sont une équipe toujours en quête de nouveautés et d’innovations. Alors que quasiment toutes les équipes veulent profiter d’une prise en touche classique pour structurer leur maul, les hommes de Dave Rennie ont décidé de se structurer autour d’une prise de balle sans saut. Ce qui fait la différence est la rapidité d’exécution du mouvement qui va leur permettre de se retrouver instantanément en supériorité numérique. A noter aussi l’excellente organisation du maul avec des joueurs de suite en place pour un maul au niveau du premier bloc de saut.

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

2 Réponses

  1. DGB

    Pas sur que la formation du maul respecte la règle 17…
    Le porteur du ballon ne rentre à aucun moment en contact avec un adversaire : deux équipiers viennent faire écran de part et d’autres. L’arbitre aurait pu siffler

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    • Jérémy Sarda

      Merci DGB pour ce commentaire.
      Je me suis donc renseigné avec un arbitre de top niveau. Je vous donne ici sa réponse :

      on est dans la tolérance faite par les arbitres. C’est a dire que le défenseur doit pouvoir intervenir sur le porteur de balle. Or on voit bien avec la camera de dos, que le porteur de balle peut être atteint par un défenseur. Seulement celui-ci choisit d’intervenir sur le soutien et non sur le porteur de balle.

      Voilà. Merci encore de votre fidélité.

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