Ce week-end commence la seconde phase de la coupe du monde : les phases finales. Premier tour avec les quarts de finale avec les huit dernières équipes restantes. Sur ces huit équipes, quatre sont issues de l’hémisphère nord (France, Irlande, Pays de Galles, Ecosse) et quatre de l’hémisphère sud (Nouvelle-Zélande, Australie, Argentine, Afrique du Sud). Mais sept des huit entraineurs de ces équipes sont issus de l’hémisphère sud (seul St André fait exception), et quatre d’entre eux viennent de Nouvelle-Zélande. Cette domination des techniciens néo-zélandais pourrait être une des raisons du jeu assez ouvert proposé lors de cette coupe du monde où beaucoup d’équipes qui ont osé garder le ballon et jouer ont été récompensées. Parmi les équipes de l’hémisphère nord, trois sont des « nations celtes », toutes entrainées par des néo-zélandais (Schmidt en Irlande ; Gatland au Pays de Galles ; Cotter en Ecosse).

Honneurs aux premiers à entrer en scène : Afrique du Sud versus Pays de Galles.

Le Pays de Galles est une vraie surprise. Peu de monde pensait que les Gallois sortiraient de cette fameuse poule A. Mais on le sait, ce sont les Anglais qui sont passés à la trappe. Le mondial serait-il d’ores et déjà réussi et terminé pour les Diables Rouges ? Réussi, nul ne peut le contester. Eliminer le pays hôte est un exploit retentissant. Mais terminé, non… Gatland a encore énormément d’ambition. Malgré une hécatombe dans les lignes arrières (7 absents dont 5 qui auraient sinon figuré sur la feuille de match), les Gallois peuvent y croire. Ils ont montré une exceptionnelle maitrise du jeu au sol. Leur paquet d’avants s’est montré très solide en touche et dans le combat. La mêlée est une faiblesse mais l’Afrique du Sud ne s’est pas montrée phénoménale dans ce secteur. Derrière, Biggar est le patron, Jamie Roberts est plus solide que jamais et North reste dangereux. Cuthbert, Morgan et Anscombe ne seraient pas dans les 23 (voire pas dans les 31) sans les blessures mais il faut faire avec eux désormais. Anscombe va être très exposé à l’arrière. Peu convaincant jusqu’ici, il va devoir justifier sa place. Cuthbert peut, pourquoi pas ?, sur une action, retrouver sa classe d’il y a quelques années. Tyler Morgan, à tout juste 20 printemps, peut lancer glorieusement sa carrière internationale… Cette équipe a de réelles capacités. On peut douter parfois de leur génie en attaque mais ils mettent un énorme volume de jeu et ils sont astucieux tactiquement : ce volume de jeu associé à ce bon sens tactique finissent par les rendre très dangereux. Face à cette équipe décimée, des Sud-Africains au complet. Une très grosse équipe, très puissante, comme traditionnellement les équipes sud-africaines. Ils ne sont pas très conquérants en mêlée fermée mais par ailleurs, ils excellents en touche, sur les mauls, dans le combat. Ils sont surtout menés par un Fourie du Preez ressuscité et qui rythme parfaitement les charges de ses avants. Derrière, les individualités sont impressionnantes. Aux côtés des vétérans Habana et Pietersen, Pollard, Leroux, De Allende et Kriel sont de brillants et jeunes joueurs. Rapides, vifs, techniques. S’ils ont de bons ballons, ils sont très dangereux. Pollard et Leroux ont aussi un très bon jeu au pied, ce qui est également le cas du capitaine Du Preez. Bref, une équipe effrayante sur le papier. Toutefois, si les Gallois leur confisquent le ballon, on pourrait retrouver les Boks passifs de la défaite historique contre le Japon. Alors certes, les Gallois n’ont peut-être pas autant de brio offensif que les Nippons mais ce ne sont pas des manchots non plus. La bataille de la possession du ballon et les collisions au milieu du terrain vont être terribles. Et le match engagé et emballant.
Pronostic et vœux du coeur : une victoire des diables rouges…

Warren Gatland trouvera-t-il la clé de la défense sud-africaine?

Warren Gatland trouvera-t-il la clé de la défense sud-africaine?

Ensuite en soirée, France versus Nouvelle-Zélande.

On n’espère ne pas revoir un hold-up rugbystique comme on a pu en vivre un en 2007. Les Français ont vraiment l’air mal en point après quatre années assez pathétiques. On les imagine donc assez mal battre ces papy-Blacks qui n’ont certes pas impressionné pendant tous leurs matchs mais qui n’en ont fait ce qu’il fallait à chaque fois. Ils savent faire face et élever le niveau de jeu en conséquence pour battre leur adversaire. Ils ont un paquet expérimenté (très proche de celui de la finale de 2011), un axe au milieu du terrain lui aussi très expérimenté (CarterNonuSmith). On peut leur reprocher parfois de ne pas être virevoltants mais il y a un temps pour tout. Virevoltants et flamboyants, ils l’étaient dans leur jeunesse. Aujourd’hui, ils sont sereins et plus lents mais toujours aussi dangereux. Aaron Smith en 9 et le triangle arrière assez juvénile apportent le souffle et l’enthousiasme qui leur manque parfois. Le fond du terrain All-Black n’apporte pas trop de garantie en cas de guerre tactique et de bombardement aérien intensif mais le banc, notamment Barrett, peut venir combler cette lacune. Et le reste du banc All-Black est souvent irrésistible en fin de match. Pour des Bleus qui ont un fond de jeu indigent et ont comme seuls atouts le défi physqiue, cela semble trop.
Pronostic et vœux du cœur : une victoire des artistes noirs…

Dusautoir et les bleus pourront-ils rééditer leur exploit de 2007?

Dusautoir et les bleus pourront-ils rééditer leur exploit de 2007?

Après nous être remis (ou pas !) des émotions des matchs du samedi, les matchs du dimanche. En premier, un captivant Irlande-Argentine.

Le match peut-être le plus indécis de ces quarts de finale. L’Irlande semblait favorite mais la perte de trois poids lourds de son paquet d’avants est un sacré handicap au moment d’affronter une équipe des pumas elle aussi impressionnante. On ne se passe pas inopinément d’un Sean O’Brien qui peut se targuer d’être un des meilleurs 7 du monde. Chris Henry est méritant et courageux mais ce n’est pas un joueur du même acabit. Paul O’Connell ne se remplace pas. Même si le vieux capitaine n’est plus ce qu’il a été, son expérience et sa force peuvent manquer. Qui plus est, cela oblige Schmidt à placer Henderson en seconde ligne alors que ce dernier pouvait être une option en troisième ligne. Enfin, Peter O’Mahony constitue à mes yeux la perte la plus considérable pour les Verts. Il a un abattage et une abnégation impressionnantes. Il est le vrai leader de cette équipe, son âme. Il est assez irremplaçable, bien que Jordi Murphy soit lui aussi très talentueux. Amputé de ces trois hommes, le paquet irlandais peut-il faire face au paquet argentin, traditionnellement très puissant et très fort ? C’est tout l’enjeu de ce match. L’organisation irlandaise est impressionnante mais s’ils perdent leurs ballons, ils perdront en même temps de leur superbe. Derrière, les Argentins semblent individuellement supérieurs. Hernandez n’a pas son rival chez les Irlandais. Et l’association 10-12 qu’il forme avec Nicolas Sanchez est redoutable. Le trio arrière argentin a plus de vitesse et de vivacité que celui des Verts. Mais ces diables d’Irlandais sont redoutablement organisés collectivement. Leur jeu est une mécanique bien huilée. Je leur donne l’avantage mais les Argentins ont vraiment de quoi gripper cette mécanique. Les deux équipes savent pratiquer un rugby agréable. Mais les deux pratiquent avec tout autant de « talent » un rugby minimaliste, centré sur la férocité du combat au sol et énormément de jeu au pied. Difficile donc de prédire la physionomie de ce match. Crû inestimable ou guerre des tranchées ?
Pronostic et vœux du cœur : une victoire des lutins verts…

Les irlandais arriveront-ils à surmonter l'absence de Peter O'Mahony ?

Les irlandais arriveront-ils à surmonter l’absence de Peter O’Mahony ?

Et enfin, pour clore ce premier tour de phase finale, Australie-Ecosse.

C’est là, au contraire, la partie la plus déséquilibrée. Les Australiens ont fait l’impression la plus forte de ce premier tour. Une mêlée transformée par Mario Ledesma et qui est devenue un épouvantail. Une touche excellente. Un paquet puissant, une troisième ligne effrayante, que ce soit en attaque comme en défense, avec Pocock, Hooper et Fardy. Un duo de talents (techniciens et tacticiens hors pair) en 10 et en 12 avec Giteau et Foley. Des arrières… australiens, c’est-à-dire habiles, puissants, habitués à réciter un rugby de qualité au grand large. Vous rajoutez à cela une défense époustouflante, et vous avez le portrait d’un des grands favoris au titre mondial. En face, vous avez assurément l’équipe la plus faible de ces quarts et qui s’est qualifiée de justesse lors de la dernière journée face aux Samoans. Qui plus cette équipe est privée, par une suspension inique, de Jonny Gray et de Ross Ford, respectivement les avants les plus talentueux et les plus expérimentés… Et aussi du centre Matt Scott, l’un des rares écossais qui puisse prétendre à une sélection chez les Lions… Bref, cela s’annonce mal. Vous ajoutez à cela une mêlée médiocre (et qui va souffrir face aux Wallabies!), une touche passable eu égard au potentiel des joueurs et à la traditionnelle force écossaise en ce secteur et une défense poreuse (4 essais encaissés face aux Samoans)… Le match est joué ! Pour atténuer les maux des Ecossais, signalons que Pocock et Folau sont forfaits pour ce match. Le fameux « double blindside » associant Pocock et Hooper ne sera donc pas de sortie à Twickenham. Mais on le verra du côté écossais puisque Hardie et Cowan entoureront Denton en troisième ligne. Mais ces deux forfaits importants ne rééquilibrent pas le duel. A moins d’un match exceptionnel, on ne voit pas comment l’Ecosse pourrait inquiéter l’Australie. Celle-ci devrait avoir l’avantage devant et devrait insister pas mal dans ce secteur… Une Australie à la Mario Ledesma. Si l’Ecosse résiste physiquement et parvient à placer des contres, qui sait… Mais cela relève du rêve.
Pronostic : Australie. Vœux du cœur : Ecosse.

Les écossais pourront-ils créer l'exploit face à l'Australie?

Les écossais pourront-ils créer l’exploit face à l’Australie?

Allez, bons matchs et bon week-end !

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