Quand les All Blacks ont les idées noires comme leurs maillots, ils se tournent vers le psychologue Gilbert Enoka, chargé depuis quinze ans d’instiller confiance et humilité dans les têtes des champions du monde.

La Nouvelle-Zélande est N.1 mondiale depuis six ans, mais lui récolte peu de satisfecit. Il reste plutôt dans l’ombre du sélectionneur Steve Hansen ou du capitaine emblématique Richie McCaw.

Pourtant, les All Blacks lui doivent beaucoup, juge le vétéran Conrad Smith (33 ans, 90 sélections): « Il est pratiquement toujours dans les coulisses, à créer cette culture, à préparer les gars pour le match, et aider ceux qui ne jouent pas à trouver un moyen de contribuer à l’équipe ».

Enoka, un ancien international néo-zélandais de volley, a intégré l’entourage des hommes en noir en 2000 à l’invitation du sélectionneur de l’époque Wayne Smith. Depuis 200 matches, l’ancien instituteur essaie de combattre la pression mentale qui pèse sur les joueurs au pays du rugby roi.

Beaucoup des grandes victoires néo-zélandaises lui ont été attribuées. Ainsi, le court succès contre la France (8-7) en finale de la dernière Coupe du monde, lui revient en partie selon le retraité Brad Thorn. Pour l’ancien deuxième ligne, le travail du psychologue a aidé les All Blacks à ne pas craquer sous la pression du public néo-zélandais.

Dans l’ombre, Gilbert Enoka a équipé les joueurs de techniques pour garder la tête froide dans les moments chauds. Il « est un rouage important » de la mécanique black, confirme le sélectionneur Steve Hansen. Surtout quand celle-ci connaît des ratés ou reste longue à l’allumage.

Le Four Nations est peuplé de hauts faits néo-zélandais dans les moments fatidiques, à l’image de la victoire contre les Springboks, en juillet à Johannesburg (27-20), arrachée grâce à une pénalité de Lima Sopoaga et un essai de McCaw en toute fin de match.

De quoi donner à la psychologie, ses lettres de noblesse, alors que, selon le préparateur mental, la discipline a toujours été considérée comme « le vilain petit canard » des sciences du sport.

Concentrés sur chaque étape

Pour Conrad Smith, le succès d’Enoka réside dans sa façon d’exploiter les ressources mentales des joueurs, différentes pour chaque individu.

« Il va dire des choses différentes à chacun, selon où vous en êtes dans votre carrière, votre passé. Il peut vous redonner ce sentiment d’être frais mentalement et prêt à enfiler le maillot des All Blacks », insiste Smith.

Une approche qui pousse à donner le meilleur. Ainsi, les champions du monde ont remporté leurs trois premiers matches du Mondial sans trembler, mais, ce que les joueurs retiennent, c’est l’imperfection affichée contre l’Argentine (26-16) et la Géorgie (43-10).

« On sait très bien que l’on n’a pas encore réussi à sortir une performance conforme aux standards des All Blacks », explique le troisième ligne Jerome Kaino. « Si on veut s’améliorer pour les quarts de finale, on doit d’abord se concentrer sur le match face aux Tonga. C’est quelque chose de positif car on est concentrés sur chaque étape qui se présente et on ne fait pas l’erreur de se projeter trop loin. »

La culture instaurée par Enoka pousse à l’humilité. Dans le groupe all black, pas de place pour les égos surdimensionnés: de nombreux joueurs limités à une ou deux sélections pourraient en témoigner.

Au total, depuis 2000, 44 All Blacks n’ont pas été plus loin que leur deuxième match avec le maillot noir…

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

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