Le pilier du XV de France Nicolas Mas (35 ans, 84 sél) vivra peut-être samedi face aux All Blacks son dernier match en Bleu et il l’aborde avec une obsession: « n’avoir aucun regret pour la suite ».

Ce quart de finale sera peut-être votre dernier match en Bleu. Y pensez-vous cette semaine ?

« Oui, bien sûr. Mais il ne faut pas tomber dans l’émotion, dans l’excès. Il faut en profiter surtout. On sait tous que des matches comme ceux-là on n’en a pas beaucoup à vivre dans une carrière de rugbyman. Du coup, on va le préparer pour n’avoir aucun regret pour la suite. Je vais essayer d’aider les gars et de positiver à fond. Des matches comme ça, contre les Blacks, ce sont des moments magiques et il faut en profiter à fond. »

Vous avez beaucoup donné au XV de France. Pour quelles contreparties, au fond ?

« C’est vrai que je n’ai pas vu naître ma fille par exemple (lors d’une tournée en Nouvelle-Zélande en juin 2013, ndlr), c’est quelque chose qui me manquera à vie. Tout ce que tu perds comme ça, tu le retrouves aussi. Il y a les moments passés ensemble, le prestige de pouvoir dire que l’on est dans cette équipe. Et plus tu es sur la fin, plus tu veux en profiter. Après, c’est sûr que pour moi, la famille c’est très important. Ma femme commence à en avoir un peu marre du rugby (rires). Je la comprends, c’est dur de s’occuper de trois enfants. Mais tout ce que je fais c’est pour après, pour avoir une vie stable après le rugby. »

Quand on vous interroge sur votre rôle, notamment dans la transmission de votre expérience, vous répondez toujours que vous ne voulez pas passer pour un donneur de leçon. Pourquoi ?

« C’est vrai. Avec Rabah (Slimani, ndlr) par exemple, on joue au même poste et il peut me dire des choses très pertinentes. Ce qui est important, c’est de laisser la parole à tout le monde. Ce n’est pas parce que j’ai 35 ans que j’ai plus à dire qu’un autre. Je tiens à ça. Après, s’il y a des jeunes qui veulent me parler, je suis disponible. »

Pourtant vous valorisez souvent le rôle qu’ont eu vos mentors…

« Oui, quand j’ai commencé à Perpignan, il y a eu Pascal Meya. C’est comme un frère pour moi. Quand j’ai débuté, il m’a pris sous son aile et encore aujourd’hui, quand ça ne va pas, je l’appelle et il me conseille. Forcément, je suis attentif à à ça car quand j’ai commencé, il y avait (Renaud) Peillard, (Stéphane) De Besombes, Meya, (Michel) Konieck… Des gars que je regardais comme ça (il lève les yeux), je m’asseyais à mon casier et je ne disais rien… En équipe de France, il y a eu Olivier Milloud, Pieter De Villiers, Sylvain Marconnet, des joueurs très forts avec qui, même sans parler, tu apprends beaucoup de choses. »

C’est important pour vous d’être disponible pour les jeunes ?

« Oui, bien sûr, après c’est sûr on n’a pas les mêmes trips (rires). Les générations sont différentes. Mais ils sont très respectueux, ça va, et puis je n’ai pas envie de dire que c’était mieux avant. Chaque époque est différente, c’est tout. »

Pourquoi est-ce aussi important pour vous de les écouter ?

« Je n’ai pas envie que les jeunes pensent que parce que Titi (Dusautoir), Pascal (Papé), Dimitri (Szarzewski) ou moi on est les plus anciens qu’on doit toujours prendre les décisions. Il faut que le groupe dans son ensemble vive. Le chef, c’est Titi, c’est lui qui tranche. Mais c’est important qu’un gars comme Eddy (Ben Arous, ndlr), qui peut être un peu timide mais a des choses intéressantes à dire, puisse s’exprimer. Moi, à l’école, je n’aimais pas trop participer et quand tu es timide on se fout un peu de ta gueule. Je ne veux pas de ça ici, pas de clans, de divisions. Il faut que tout le monde se sente en confiance pour réussir car arrive un moment où tout le monde a sa part de responsabilité.  »

Propos recueillis par Jérémy MAROT

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

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