Alors champion en gestation, Thierry Dusautoir est entré avec fracas dans la légende du XV de France le 6 octobre 2007 en survolant le quart de finale de Coupe du monde face aux All Blacks, à Cardiff où il revient huit ans après dans la peau d’un capitaine incontesté.

A peine avait-il déposé les dernières armes du combat perdu face aux Irlandais dimanche dernier (24-9) que la question lui fut posée: quart de finale, All Blacks, Cardiff… Cet incroyable et symbolique bégaiement de l’histoire ne lui polluerait-t-il pas l’esprit durant cette semaine décisive pour les Bleus ?

« Il n’y a pas besoin de se référer à ce qui a été fait 8 ans auparavant », a simplement soufflé le flanker (33 ans, 79 sél), dans un demi-sourire.

Comment toutefois ne pas songer à cet acte fondateur qui constitua à la fois l’un des plus grands exploits collectifs des Bleus (20-18) mais fit aussi entrer Dusautoir dans une toute autre dimension.

Car à l’heure de fouler la pelouse du Millennium Stadium ce 6 octobre 2007, Dusautoir, âgé de 25 ans à l’époque, n’est qu’un choix par défaut, rattrapé par le bout de la manche trois mois auparavant pour préparer la Coupe du monde en remplacement d’Elvis Vermeulen, victime d’une hernie discale. Il ne compte avant la compétition que trois petites sélections. Et son histoire en Bleu bégaie, même si le début de Mondial raté (défaite face à l’Argentine) lui a offert une place de titulaire à la place de Rémy Martin.

« Une force tranquille »

Dusautoir est alors un (très) bon joueur de club, grand espoir du poste fraîchement recruté par le Stade Toulousain en provenance de Biarritz où « assez tôt et malgré son jeune âge il avait su s’imposer grâce à sa présence physique et son leadership », selon son coéquipier Imanol Harinordoquy.

Dans un groupe, le Dusautoir d’alors et encore celui d’aujourd’hui, un « meneur naturel », dixit Emmanuel Delteil, l’instructeur de judo du jeune Thierry entre 10 et 18 ans à Périgueux (sud-ouest).

« Il a toujours été discret, réservé, timide, en retrait mais pas introverti », explique-t-il à l’AFP. « Il a une force tranquille qui engage naturellement le respect et l’écoute. Il a su s’imposer naturellement par la parole, par son calme »

Arrivé sur le tard au rugby, dans sa 17e année, et « en cachette de sa mère » selon Bruno Arqué, son entraîneur en juniors à Trélissac, près de Périgueux, Dusautoir s’est toujours senti à l’aise dans le combat. « Il était très dynamique, très bon plaqueur, athlétique, on s’en servait beaucoup pour son tranchant quand il arrivait lancé », appuie Bruno Arqué.

« Thierry a toujours été à l’aise physiquement, il a toujours été un guerrier mais au judo, il gambergeait vachement en amont avant les combats car c’est dans sa nature de ne pas s’imposer », détaille Emmanuel Delteil. « Il s’est donc révélé dans le combat pour les autres qu’est le rugby, il s’est épanoui dans la pratique de ce sport car il y a un échange. »

Une prestation unique

C’est pour ce dévouement total au collectif que le sélectionneur Bernard Laporte le rappelle pour la Coupe du monde 2007 en France, le teste avec succès en match de préparation face à l’Angleterre à Marseille (22-9) puis le lance dans la compétition contre la Namibie, l’Irlande et enfin le retient pour ce quart décisif contre la Nouvelle-Zélande.

Loin de France, à Cardiff, le XV de France se resserre sur lui-même et fomente un brillant coup d’éclat. Au Millennium Stadium, Dusautoir endosse rapidement le costume de sécateur après la sortie prématurée de Serge Betsen.

Avec 29 plaquages comptabilisés (38 selon l’entraîneur de la défense David Ellis qui a également retenu les « assistances »), Dusautoir réalise une prestation unique dans l’histoire des Bleus. Il y ajoute un essai, le premier du XV de France qui permettra de revenir à 13-13 avant l’heure de jeu. Et de finalement forcer le destin de l’équipe et le sien.

Il ne quittera ensuite plus le XV de France, se voyant attribuer le capitanat deux ans plus tard et 55 fois au total, un record. Jusqu’à ce quart de finale au drôle d’air de déjà-vu, peut-être ses derniers feux en Bleu. Mais ce grand compétiteur, né à Cardiff ne compte pas y être enterré.

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

Une réponse

  1. Antonio

    Il est aussi le meilleur joueur de la dernière coupe du monde devant McCaw. J’espère qu’il saura trouver les mots pour ses coéquipiers afin qu’ils lui offrent une sortie digne. Sinon Novès s’en chargera 😉

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