Angleterre – Fidji 35-11

Un match assez surprenant ! Les Fidjiens l’ont joué à l’anglaise : ils ont mis à mal la mêlée anglaise et ils les ont chahuté dans les rucks. Leur ouvreur Ben Volavola a beaucoup joué au pied pour occuper le terrain. Ils ont récité un rugby à l’anglaise sous une pluie anglaise qui a occasionné beaucoup de déchet technique. Voir les Fidjiens capables de mettre à mal les Anglais sur ces fondamentaux du rugby a été une vraie surprise. Et j’imagine aussi une vraie inquiétude pour les supporters du XV de la rose. Malheureusement pour eux, les Fidjiens ont manqué un tout petit peu de rigueur anglo-saxonne. Alors qu’ils étaient au mieux en seconde période, Volavola a raté une touche de pénalité qui a été le début de la révolte anglaise. Volavola et Nadolo ont aussi laissé plus de onze points en route… Au lieu d’être à 18-11 à l’heure de jeu, ils auraient pu, dû, être devant, et ce sans le moindre scandale. Ni sans la moindre étincelle de magie fidjienne : à l’anglaise, je vous le répète !
Mais ils sont restés derrière au score, et c’est l’inspiration et la créativité d’un joueur anglais, Mike Brown, qui a retourné le match. Par deux relances de folie, Mike Brown a relancé son équipe qui buvait la tasse. S’il n’avait pas été là, l’équipe anglaise sombrait. Il a inscrit deux essais, mais il a surtout réveillé son équipe en trouvant, tout seul et à la fidjienne, la faille dans la défense anglaise à plusieurs reprises. Car jusque-là, les Anglais n’y étaient pas. Ils avaient décidé (sous la pluie) de faire circuler le ballon et négligeaient les fondamentaux. Bousculés au sol, bousculés en mêlée, pas impériaux en touche, ils s’asphyxiaient lentement, et le scénario d’une défaite historique se dessinait. Tout cela parce qu’ils ont voulu prouver qu’eux-aussi savaient jouer au ballon. La preuve que non ! Watson a passé une sale soirée face à Nadolo et les arrières fidjiens ont éclipsé les arrières anglais, à l’exception de Mike Brown, sur une étoile ce vendredi soir. Ils auraient pu se simplifier la tâche en insistant devant, en jouant simple, comme le faisaient les Fidjiens… L’entrée en seconde mi-temps de Launchbury, des frères Vunipola, de Burgess et de Wigglesworth à la place d’un Youngs à côté de la plaque a aidé. Le banc anglais a été très précieux. Wiggy et Farrell ont mieux géré, recentrant intelligemment le jeu anglais. Burgess a remplacé un Barritt déboussolé. Les avants sont redevenus plus agressifs.

Bilan : l’Angleterre est inquiétante mais elle a su gagner. Elle est rentrée dans sa compétition, et je pense qu’ils vont revenir face aux Gallois aux fondamentaux du jeu. Arrêter de trop jouer au ballon. Le rugby commence devant, même quand on veut faire circuler le ballon, et les Anglais l’ont oublié hier. Rappel salutaire que ce match, et sans dommage. Barritt, Youngs, Watson, Morgan ou Parling pourraient faire les frais de ce mauvais match…
Les Fidjiens ont été impressionnants hier, sur des domaines où on ne les attend traditionnellement pas : mêlée, combat au sol, touche, jeu au pied… Allié à leurs qualités individuelles, ils sont passés près d’un exploit retentissant qui serait rentré dans les annales de la coupe du monde. Mais ils sont passés à côté et ont peut-être déjà perdu leur mondial. Dans cinq jours, ils affrontent l’Australie, et je ne les vois pas rivaliser alors qu’ils se doivent de gagner. Les Australiens sont plus organisés que les Anglais et ne bafouilleront pas leur rugby de la même manière. Cela va être dur pour les Fidjiens qui sortent sans aucun point d’un match qu’ils auraient pu gagner. Constat triste au vu de leur qualité mais ils sont quasiment éliminés dans cette poule de la mort ! Je pense qu’ils ont tout mis dans ce match, et ils n’ont plus beaucoup de réserve, ni de surprises. A eux de me faire mentir mais cela va être rude contre l’Australie…

Mike Brown a mis son équipe dans le bon sens.

Mike Brown a mis son équipe dans le bon sens.

Géorgie – Tonga 17-10

La Géorgie, mené par un paquet d’avant royal a étouffé les Tongiens (17-10). Ces derniers se sont épuisés sur la défense héroïque des Géorgiens qui ont définitivement pris le dessus en faisant reculer la mêlée tongienne sur chaque engagement, et en leur livrant une guerre continuelle au sol. Malgré tout, les Tongiens ont failli revenir en fin de match, car dès qu’ils réussissaient à ouvrir le jeu, ils prenaient l’avantage. Mais ce paquet d’avant géorgien avait vraiment trop d’abnégation, d’envie, de courage pour laisser échapper ce match. Derrière, c’est-à-dire du 9 au 15, les Géorgiens n’ont vraiment pas montré grand-chose, que ce soit au pied ou à la main, ce qui est inquiétant pour la suite, mais ils ont vraiment de grands avants et une très belle conquête. Ils jouent sur leurs forces, et c’est avisé tactiquement. Gorgodze paraît dans une forme étincelante et il a été un capitaine exemplaire, le meneur de sa meute. Les Géorgiens s’offrent un moment d’histoire en battant les Tonga qui sont mieux classés qu’eux. Ils s’offrent surtout le droit de participer à un véritable huitième de finale face à l’Argentine, la semaine prochaine. La tâche semble insurmontable mais ce n’en est pas moins un match de phase finale : s’ils battent les Argentins, ils iront en quarts (car la Namibie est prenable…). Or un match de phase finale, cela se savoure… Qu’ils tentent leur chance au mieux. Les Argentins sont évidemment bien plus armés. Pas tellement devant, où les Géorgiens sont d’honorables adversaires pour n’importe qui au monde, mais derrière. Du 9 au 15, il n’y a pas de comparaison possible. Les arrières géorgiens font face à un redoutable défi, celui de contrer les arrières argentins. Tout en sachant qu’ils ne pourront guère compter sur l’aide de leurs avants qui seront déjà accaparés par le féroce paquet d’avants argentin. Le sorcier Bradley pourra-t-il les aider ? Ce sera très intéressant. Et la Géorgie est un petit poucet bien sympathique, avec son rugby d’avant plein de caractère et de solidarité.

Le géorgien Nemsadze avec le drapeau de la Géorgie.

Le géorgien Nemsadze avec le drapeau de la Géorgie.

Ensuite, lors d’Irlande-Canada (50-7), les Verts ont déroulé. Pas vraiment une surprise. Les Canadiens tentent d’ouvrir beaucoup le jeu mais ils n’ont pas su contrarier les Irlandais ni au sol ni en défense. Dès lors les Irlandais ont récité leurs combinaisons derrière et ont additionné les essais : 7 au total. Le paquet d’avant est bien en place, les tauliers Murray, Sexton et Kearney sont là. Aucune surprise, et aucun blessé, peut-être le gros point positif de la journée. Assez peu d’enseignements à en tirer.

Jared Payne et les irlandais n'ont pas raté leur entrée dans la compétition.

Jared Payne et les irlandais n’ont pas raté leur entrée dans la compétition.

Autrement intéressant a été le Japon-Afrique du Sud (34-32) qui a suivi. Intéressant, c’est peu dire. Ce n’est même pas un euphémisme. Ce match a été tout simplement légendaire. Il fait désormais partie des grands matchs de l’histoire de la coupe du monde et du rugby en général. Quand vous regardez un match comme celui-là, vous vibrez, vous prenez énormément de plaisir, et vous aimez les Japonais ! Tout, que ce soit le scénario du match, la qualité de jeu, a été exceptionnel. Le rugby peut être, est le plus souvent, un sport d’affrontement assez laborieux. On voit des brutres se rentrer dedans avec obstination, de manière bornée. Mais parfois, le ballon « vit », il est déplacé à tous les endroits du terrain, et c’est ce mouvement qui permet la victoire plutôt qu’un écrasement physique de son adversaire. Autant le dire, de tels moments sont rares. Encore plus au niveau international et en compétition officielle. Et quand en plus, il permet à des petits poucets, classés vers la 15e place mondiale, de renverser les plus grandes brutes du rugby (les Springboks, qui n’ont pas contrairement à leur nom la légèreté des gazelles) qui sont eux au sommet de la hiérarchie du rugby mondial, alors vous savez que vous assistez à un moment historique. Les Japonais, hier, ont déplacé le ballon, ont cherché à ouvrir des intervalles dans la défense sud-africaine, les ont ouverts puis les ont pris avec vitesse et maestria. C’était un régal. Ils ont énormément joué au ballon, avec un déchet minimal : quasiment pas d’en-avants, et pourtant ils ont multiplié les passes. Des passes effectuées au bon moment, avec justesse. Une fête ! Ils ont démarré pied au plancher dans les 20 premières minutes. Jouant, mettant du rythme, dévorant les espaces. Quand l’arrière nippon a saccagé un ballon d’essai sur un deux contre un (ils font aussi des erreurs !) et que les Springboks ont déroulé leur premier maul dans l’en-but adverse, on s’est dit que l’embellie japonaise était finie. Mais non, et c’est aussi le sel de tout ce match. A plusieurs reprises, les Nippons ont craqué face à la puissance des Boks, devant les courses dévastatrices des De Jaeger ou autres Strauss. Mais toujours ils ont su revenir, toujours par le jeu, intelligemment. Et le public s’est enflammé de voir ce jeu. Traditionnellement anti-Afrikaner, le public anglais s’est pris de passion pour cette équipe japonaise. Et comment ne pas être pris par l’enthousiasme débordant de cette équipe ? Tous les téléspectateurs, à mon image, ont dû être emballés par ce jeu, ce courage, et ce rugby transformé l’espace d’un match en une pratique gracieuse, aérienne… Match de folie, ambiance de folie, et fin de match complètement folle. Les Japonais, trois points derrières les Springboks ont pris le ballon dans leur 22 mètres, ils ont remonté tout le terrain, patiemment, jusqu’aux 22 mètres sud-africains. Ils ont acculé ces derniers sur leur ligne pour finir, après quatre mêlées héroïques, par envoyer une dernière fois le ballon au grand large pour un essai qui leur donne une victoire d’anthologie. C’était juste magique. Vous savez à cet instant que vous avez vu quelque chose de rare, d’exceptionnel. Non seulement à cause du résultat mais aussi de la manière, du scénario : un moment historique. La seule chose que cela évoque en moi, c’est la demi-finale des français en 1999 contre les All-Blacks. Autant dire que ce match appartient bien à la légende du rugby. Légende glorieuse. Après ce match, autant être honnête, j’ai profité de ce sentiment de joie. J’ai refusé de regarder France-Italie pour ne pas voir tout de suite cette formidable impression de grâce éteinte par un match laborieux et brutal…
Et puis franchement, cette poule B en devient captivante. Les Springboks vont devoir lutter pour leur survie face aux Ecossais et aux Samoans. Cela nous promet des matchs épiques. Les Japonais vont aussi devoir confirmer. Ils ont une opportunité en or de rejoindre la phase finale mais les Ecossais et les Samoans vont vouloir les battre et profiter de cette défaillance sud-africaine qui ouvre des perspectives inespérées.
Les Japonais remettent cela dans à peine quatre jours face aux Ecossais, ce qui est un scandale et une injustice. L’incompétence de l’IRB est une fois de plus criante dans l’élaboration du calendrier de la compétition, comme tous les 4 ans. . Et j’avoue ne plus bien savoir qui supporter tant je suis sous le charme de cette équipe japonaise…

Avec cette victoire face à l'Afrique du Sud, les japonais viennent d'écrire une immense page de l'histoire de la coupe du monde de rugby.

Avec cette victoire face à l’Afrique du Sud, les japonais viennent d’écrire une immense page de l’histoire de la coupe du monde de rugby.

Quant à France-Italie, je ne peux vous en donner que le score (32-10) mais sans aucuns regrets !

Cela aurait été difficile de faire plus épique que les victoires hautes en couleur des Géorgiens et des Japonais lors de la première journée. Malgré tout, cela a été un peu décevant.

Samoa-USA (25-16) a ainsi largement déçu. Peu d’ambitions dans le jeu, ou trop rapidement avortées, une maîtrise assez faible. Pourtant les Samoans ont des moyens mais ils se reposent trop sur leurs physiques, il est vrai monstrueux. Les Samoans n’ont pas pris un bonus offensif qui semblait pourtant largement à leur portée. Ils auraient même pu se faire peur sur la fin avec un retour des Américains, limités mais qui n’ont jamais abdiqué.

Ce n’est pas ensuite Pays de Galles-Uruguay (54-9) qui a suscité beaucoup plus d’intérêt. Les amateurs uruguayens ont été valeureux face à d’empruntés gallois mais l’écart était trop important. Les Gallois ont pris tous les points mais ont aussi eu, comme à chacun de leurs derniers matchs, de nouveaux blessés qui viennent s’ajouter à la déjà longue liste de blessés gallois.

Heureusement, pour finir la journée, nous avons eu un remarquable match : Nouvelle-Zélande-Argentine (26-16). Les Argentins ont relevé le défi du jeu tout en imposant une féroce bataille aux All-Blacks sur tous les points de contact. Et les Argentins se sont montré très habiles ballon en main, très avisés. Juan Martin Hernandez est en pleine forme pour sa dernière coupe du monde, et il a une ambition immense pour son pays. Pourra-t-il porter les Pumas plus haut qu’il ne l’avait fait en 2007, c’est-à-dire à la troisième place ? Cela semble tout à fait possible. Pour revenir au match, les Argentins ont viré à la pause en tête grâce à une remarquable première période (12-13). Mais les All-Blacks ont des ressources. Ils ne se sont pas affolés. Et finalement, ils ont récupéré la possession du ballon, et la pression constante qu’ils ont exercée sur la défense argentine a fini par fatiguer les Pumas qui ont baissé le pied à la fin du match. Cela a été un match très plaisant à suivre : beaucoup de passes, de mouvements, et une volonté de trouver des intervalles en déplaçant le ballon. C’était un vrai spectacle. Digne des All-Blacks, et tout à l’honneur des Argentins, qui ont moins l’habitude de se mettre en évidence par leurs qualités offensives.

Seuls manquent encore à l’appel l’Australie, la Roumanie et l’Ecosse qui entrent en jeu mercredi.

Justement, l’Australie affronte des Fidjiens, cinq jours après que ceux-ci aient affronté les Anglais. Les Australiens mettent leur meilleure équipe d’entrée :

15 Israel Folau, 14 Adam Ashley-Cooper, 13 Tevita Kuridrani, 12 Matt Giteau, 11 Rob Horne, 10 Bernard Foley, 9 Will Genia, 8 David Pocock, 7 Michael Hooper, 6 Scott Fardy, 5 Rob Simmons, 4 Kane Douglas, 3 Sekope Kepu, 2 Stephen Moore (c), 1 Scott Sio.

Les Fidjiens devraient avoir beaucoup de mal à résister au rythme des Australiens qui seront frais, et certainement bien plus habiles que les Anglais. Or les Fidjiens, s’ils ont montré des qualités face aux Anglais, n’ont surtout pris aucun point. Comment en prendraient-ils face aux Australiens ? Une nouvelle défaite face aux Australiens, surtout s’ils ne prennent aucun point, pourrait être synonyme d’élimination. Ce serait dommage car c’est une fort belle équipe fidjienne, mais cette poule A ne permet pas de faux-pas. Les Fidjiens alignent quasiment le même XV : retour de Talei en 8, de Cavubati en 4 et Talemaitoga au talon. On espère pour eux voir un peu plus les arrières et Leone Nakarawa. S’ils brillent, ce sera bon signe pour l’équipe fidjienne.

15 Metuisela Talebula, 14 Waisea Nayacalevu, 13 Vereniki Goneva, 12 Gabiriele Lovobalavu, 11 Nemani Nadolo, 10 Ben Volavola, 9 Nikola Matawalu, 8 Netani Talei, 7 Akapusi Qera (c), 6 Peceli Yato, 5 Leone Nakarawa, 4 Tevita Cavubati, 3 Manasa Saulo, 2 Tuapati Talemaitoga, 1 Campese Ma’afu.

Quoi qu’il en soit, on espère un beau match de rugby pour que tous les artistes présents sur le terrain puissent s’exprimer au mieux (et un peu plus que lors de ce match d’ouverture).
L’Ecosse entame son tournoi, et Vern Cotter aligne sa meilleure équipe pour ce qui pourrait être, à la surprise générale, la rencontre qui décide de l’équipe qui finira première.

15 Stuart Hogg, 14 Tommy Seymour, 13 Mark Bennett, 12 Matt Scott, 11 Sean Lamont, 10 Finn Russell, 9 Greig Laidlaw, 8 David Denton, 7 John Hardie, 6 Ryan Wilson, 5 Jonny Gray, 4 Grant Gilchrist, 3 WP Nel, 2 Ross Ford, 1 Alasdair Dickinson.

Eddie Jones qui doit faire face à un calendrier totalement injuste (son équipe, le Japon n’aura que trois jours de repos après son match d’ouverture) effectue six changements dans son équipe.

15 Ayumu Goromaru, 14 Kotaro Matsushima, 13 Male Sau, 12 Yu Tamura, 11 Kenki Fukuoka, 10 Harumichi Tatekawa, 9 Fumiaki Tanaka, 8 Amanaki Mafi, 7 Michael Broadhurst, 6 Michael Leitch (c), 5 Justin Ives, 4 Luke Thompson, 3 Hiroshi Yamashita, 2 Shota Horie, 1 Keita Inagaki.

On attend un très gros match. Eddie Jones a annoncé que les Ecossais joueraient la carte combat et jeu au pied. C’est possible, mais les Ecossais sont aussi très souvent attirés par le grand large, donc j’ai bon espoir d’un match ouvert. Quoiqu’il en soit, beaucoup d’enjeux, comme dans tous les matchs d’une poule B désormais absolument passionnante.
Enfin, la France affronte la Roumanie. St André fait tourner son équipe, qui du coup me séduit presque !

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