Retour sur le deuxième week-end de coupe du monde : la folie continue !

Les matchs de la semaine avaient un peu douché l’enthousiasme né des matchs de folie du week-end dernier. Les Japonais, victimes du calendrier inique de l’IRB, ont dû rendre les armes aux Ecossais. Les Géorgiens ont vu en quelques minutes leur résistance voler en éclat sous les banderilles de véloces et puissants pumas. Tout semblait donc rentrer dans l’ordre, et avec une qualité de jeu revue à la baisse.

Samedi, jour de fête !

Heureusement, le week-end et ses folies est de retour. Première mèche allumée par les Canadiens plein d’audace et de panache qui ont frôlé l’exploit face à d’apathiques Italiens, enfermés dans un jeu au près stérile. Les Canadiens envoient la balle au large, la font vivre, et les suivre est un petit régal. Défaite avec les honneurs (23-18).

Nous avons ensuite eu droit au retour de l’Afrique du Sud face aux Samoa. Toutefois, nous hésitons un peu : les Boks sont-ils vraiment revenus ou avons-nous simplement la confirmation que les Samoas sont extrêmement décevants cette année ? Pendant la première mi-temps, les Boks ont semblé prenables. Ils n’étaient pas aussi apathiques que face aux Japonais mais nous n’assistions à rien d’exceptionnel non plus. Du Preez mettait plus de rythme, De Allende faisait mal au milieu du terrain, le paquet d’avants jouait avec agressivité. Pas de quoi déborder des Samoans solides physiquement. Seulement les Samoans ne faisaient rien de cette robustesse. A peine quelques enchaînements au près, deux combinaisons au large, le tout inéluctablement conclu par un mauvais choix ou une faute de main. Pas de quoi s’emballer. Premier signe vraiment inquiétant, les Samoans ne récupéraient pas une seule balle en touche, et cela sera une constante de tout le match. Les Boks, eux, convertissaient en point toutes occasions qui se présentaient : 14-6 à la mi-temps. Rien n’était joué mais les Boks avaient une petite marge d’avance grâce à un essai sur interception. Mais à force de laisser les Boks reprendre confiance, creuser petit à petit cet écart, et surtout d’abandonner tous leurs ballons en touche, les Samoans se sont mis dans une situation impossible. La pression sud-africaine est devenue de plus en plus forte, et finalement, les Boks ont déroulé leur jeu et les essais se sont mis à pleuvoir. Score final 46-6. Est-ce si impressionnant pour les Boks ? Oui et non. Quand ils déroulent de la sorte, ils paraissent impossibles à jouer. Mais les Samoans ont tendu le bâton pour se faire battre. Ils leur ont donné et le ballon et la confiance en ne les mettant pas du tout sous pression. Tactiquement et techniquement, les Samoans étaient absents. Ils ont juste répondu présents physiquement, mais cela seulement ne risquait pas de déboussoler les Boks. Cette équipe sud-africaine est convalescente et la confrontation contre les Ecossais sera intéressante. Ces derniers n’ont pas la puissance physique des Boks mais ils imposeront un vrai match tactique et ils ont plus de ballon. Burger confirme qu’il est un des meilleurs avants Boks, surtout quand il joue sur un flanc de la mêlée. Matfield a fait du dégât en touche, Etzebeth et Louw sont de retour ainsi que Vermeulen qui se remet en jambes. Il y a donc plein de positif devant. Seule la première ligne semble en souffrance. Le retour de Du Preez pour influencer les arbitres, choisir les bons côtés à jouer et mettre un peu de rythme a été crucial. Pas de bons Springboks sans bon demi-de-mêlée… Derrière Willie Le Roux apporte danger et assurance derrière et De Allende est redoutable pour sa puissance. Associé à la vitesse de Kriel qui devrait remplacer le malheureux De Villiers forfait pour le reste de la compétition, ce sera redoutable. Pietersen sur son aile revient vers un bon niveau également. Bref, les Springboks sont de retour mais ils restent sous la menace d’une élimination en poule. La confrontation avec l’Ecosse sera décisive pour ces deux équipes, et pour je Japon (quasiment éliminé par une victoire Bok, et qualifié par une victoire écossaise)… Mais ce match restait assez pauvre si l’on jugeait son niveau de jeu, et surtout extrêmement frustrant au vu de l’indigeste prestation samoane.

JP Pietersen a inscrit un triplé pour l'Afrique du Sud (crédits photo: www.skysports.com)

JP Pietersen a inscrit un triplé pour l’Afrique du Sud (crédits photo: www.skysports.com)

Mais ce n’était qu’un avant-goût du sommet de cette journée de samedi, Angleterre-Pays de Galles. Là, on a eu un vrai choc. Et une victoire magistrale des Gallois qui voulaient absolument plomber le mondial de leurs meilleurs ennemis anglais, et ils l’ont fait magistralement. Mis en difficulté sur les fondamentaux une semaine avant face aux Fidji, le XV de la rose a fait l’inverse. Mêlées, touches, mauls et jeu au pied. Avec de temps en temps une petite combinaison derrière, comme celle qui a amené l’essai de Jonny May. Mais globalement, ils n’ont pas voulu, ou pas pu faire plus. Surtout, ils n’ont pas réussi à gêner les Gallois. Enfin, si, leur défense agressive a annihilé toutes offensives galloises mais les Gallois ont toujours réussi à conserver leurs ballons au sol. Ils ont eu une extraordinaire conservation, même si leurs attaques n’étaient pas efficaces, et même si les Anglais étaient très agressifs en défense. Cependant, en première mi-temps, cela n’a pas porté ses fruits. Les Anglais, en se reposant sur le minimum et les initiatives de Ben Youngs qui excelle dans ce genre de contexte, ont réussi à marquer un essai et ont pris avantage de sept points. Mais les Gallois, grâce à leur expertise au sol ont bénéficié régulièrement de pénalités que leur ouvreur Dan Biggar a converties sans fautes. L’écart n’a donc pas grandi au-delà de sept points. La seconde mi-temps des Gallois allait être fatale à ce petit écart. Gatland faisait rentrer Owens et Lee qui donnaient un peu d’air à sa mêlée. En même temps, Ben Youngs sortait, blessé. Le tournant pour les Anglais à qui manquait désormais leur petit maestro qui jouait à merveille derrière ses avants pour maintenir la pression sur les Gallois. Ces derniers commençaient à mieux user de leurs possessions, que ce soit au près comme au large. Les Anglais leur laissaient de plus en plus d’initiatives et se contentaient de peu. Les Gallois refaisaient un peu leur retard (à 4 points) mais, bien que plus entreprenants, ne semblaient pas vernis. Ils perdaient Scott Williams sur blessure, puis Hallam Amos et enfin Liam WilliamsPriestland rentrait ainsi que Lloyd Williams et Alex Cuthbert. La ligne arrière galloise était donc composée de deux ouvreurs, de deux demi-de-mêlées, d’un centre et d’un ailier. Là, malgré tout le panache gallois, on s’est dit que c’était cuit pour eux. Mais non, sur une belle attaque au large qui passait enfin, les Gallois décalaient leur ailier de demi-de-mêlée Lloyd Williams qui adressait un coup de pied de recentrage pour son alter ego de la mêlée Gareth Davies ! Magnifique dans un Twickenham stupéfait.

Gareth Davies inscrit l'essai de la victoire galloise (crédits photo : www.skysports.com)

Gareth Davies inscrit l’essai de la victoire galloise (crédits photo : www.skysports.com)

On sentait bien que les Gallois en avaient sous la chaussure, que leurs possessions au sol leur donneraient des opportunités mais les Anglais avaient paru si solides sur les fondamentaux, si sereins… Mais c’était bien l’équipe qui jouait le plus, qui déplaçait le plus le ballon, qui prenait le plus de risques qui était récompensée. L’Angleterre avait l’opportunité de revenir, bénéficiait d’une pénalité pour égaliser mais Robshaw optait pour la touche, et les Gallois héroïques les repoussaient. Nous assistions donc à une victoire historique (28-25), et magnifique des Gallois. Leur science du jeu au sol, leur confiance dans leurs capacités à trouver la solution balle en main est admirable. Une victoire tout à fait méritée. Alun Win-Jones a encore fait une partie phénoménale, ainsi que Faletau ou Warburton. Jamie Roberts derrière a été percutant mais l’homme du match reste Dan Biggar qui a réussi à laisser les Gallois dans le match pendant toute la partie par son jeu au pied. Pourtant, ils étaient dominés. Mais ils sont restés vivants, jusqu’à ce qu’ils prennent l’ascendant et portent le coup fatal.
Le final de ce match a été exceptionnel, et surtout le résultat que peu avaient prévu. On a vu un face à face tactique très disputé, de très haut niveau, même si cela n’a pas été toujours extrêmement spectaculaire. L’audace galloise a payé : ils ont osé jouer dans un match plutôt fermé, et s’ils ont d’abord été bloqués par la défense anglaise, ils ont su trouver la solution. Bravo à eux. Une grande maîtrise tactique et technique de leur part.
Les Anglais eux voulaient se rassurer sur les bases après la déconvenue fidjienne. Ils l’ont fait mais ont perdu le match. La faute à un trop grand manque d’ambition. De ce point de vue, les Gallois leur ont donné la leçon. Les Anglais doivent améliorer leur rendement au sol, et trouver un équilibre entre être fort (comme contre les Gallois) sur les bases et savoir oser dans le jeu (comme contre les Fidji). Ils devront le faire face à l’Australie s’ils veulent ne pas être éliminés de leur mondial. Cela nous promet donc des moments palpitants dans une poule A plus ouverte que jamais.
Les Gallois malgré leur très haute performance ne sont pas en si bonne position. La liste de leurs blessés derrière est problématique. Ils ont plus de trois centres à l’infirmerie (Davies, Allen, Williams), deux arrières (Halfpenny, Williams) et deux ailiers (Amos, Walker) sans oublier leur demi-de-mêlée Rhys Webb… Ce match ressemble beaucoup à une victoire à la Pyrrhus. Ils ont gagné mais ont laissé tellement de forces dans cette victoire que la suite de leur parcours semble difficile… Gatland a d’ores et déjà réussi son mondial. L’envie et le niveau de performance vont-t-ils un peu redescendre ? On va le voir très vite car ils jouent en semaine (jeudi) contre les Fidjiens… Foutu calendrier inique! En tout cas, ils nous auront fait vivre un des grands moments de ce mondial. Félicitations à eux et à Gatland que j’ai honni mais qui, là, force mon respect.

Dimanche, jour de repos

Dimanche, le programme était moins excitant. Les Australiens ont acquis aisément le bonus offensif face à des Uruguayens courageux mais dépassés (65-3).

Les Américains ont offert une belle et insoupçonnée résistance aux Ecossais qui ont quand même, après avoir été menés logiquement à la mi-temps, empoché le bonus offensif (39-16). Mais ils n’ont pas répondu aux interrogations sur leur niveau. 10 points certes, mais face à des adversaires assez faibles ou fatigués. Beaucoup de fautes et un certain manque de maîtrise dans leur jeu même s’ils parviennent à inscrire pas mal d’essais.

Tim Visser inscrit le premier essai pour l'Ecosse (crédits photo : www.skysports.com)

Tim Visser inscrit le premier essai pour l’Ecosse (crédits photo : www.skysports.com)

Le choc de la poule B la semaine prochaine devrait nous en apprendre plus. Enfin, une équipe d’Irlande B est venue à bout des Roumains, au cours d’une opposition assez fluide (44-10).

Qu’attendre de la semaine qui vient ?

Il y aura évidemment, à cause de l’incurie du calendrier, des matchs en semaine. Les Tongiens voudront se refaire une santé contre la Namibie mardi. Cela fait plus d’une semaine qu’ils n’ont pas joué et ils sont restés sur leur déception de la défaite face aux Géorgiens. Jeudi, un choc entre Gallois et Fidjiens. On se demande quelle équipe les diables rouges vont bien pouvoir aligner, et surtout dans quel état… Le calendrier amoindrit la portée et la qualité d’une superbe affiche. On ne le répètera jamais assez, ce calendrier injuste est un scandale. La France affrontera le Canada en espérant retrouver son jeu. Vendredi enfin, une première entre les Géorgiens et les All-Blacks. Ce genre de première est souvent douloureux mais les Lelos ont du courage. Une opposition de style sympathique. Ceci-dit, ces matchs de semaine risquent, encore une fois de faire retomber l’exaltation née d’un superbe week-end de rugby…
Vivement le week-end !
Heureusement, le prochain week-end, le troisième et avant dernier de cette phase de poule, promet d’être absolument phénoménal. Les matchs des poules A et B sont tous des chocs décisifs. Nous allons nous régaler le week-end prochain. Ce ne sera pas un « super Saturday », mais bien plus. Je ne peux résister à l’envie de vous donner le programme : Ecosse-Afrique du Sud ; Japon-Samoa ; Angleterre-Australie. De la folie je vous dis ! Même le dimanche promet de ne pas être aussi tranquille que d’habitude (Argentine-Tonga et Irlande-Italie)!

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