« Je ne tiens pas à être dans l’éclairage public »: depuis deux ans, Éric de Cromières dirige en toute discrétion le club de rugby de Clermont, aux antipodes des coups d’éclat de certains de ses homologues de Top 14 à l’ego plus visible.

Administrateur de l’ASM depuis 2005, cet ancien haut cadre Michelin a pris la succession à la tête du club de René Fontès, qui avait atteint la limite d’âge (73 ans), en juillet 2013. « J’ai hérité d’un navire de guerre, d’une frégate capable de traverser les mers. Mon rôle est de donner des petits coups pour manoeuvrer », explique à l’AFP cet homme affable, aux faux airs de notable de province, à quelques jours de la demi-finale de Top 14 contre Toulouse.

Dans son viseur: les titres qui manquent désespérément au club après dix finales perdues en Championnat de France et deux en Coupe d’Europe pour un bouclier de Brennus décroché en 2010 et deux Challenges européens en 1999 et 2007.

« On ne fait pas des ronds dans l’eau. La performance dans la durée doit forcément aboutir à un titre. Il n’est pas normal d’être sur le dernier palier et de rater la dernière marche », ajoute le président, dont l’autorité naturelle est entretenue par un physique imposant.

Né à Alger il y a 62 ans, ce fils de militaire débarque en France à l’âge de 11 ans. C’est à Dax qu’il découvre le rugby qu’il pratiquera jusqu’à 24 ans comme joueur universitaire. A sa sortie d’HEC, il intègre la Marine nationale comme officier à… Toulon: « Je connais bien le RCT, le stade Mayol. Je garde énormément d’amis de cette époque avec qui l’on échange beaucoup sur le jeu des deux clubs ».

S’ensuit une longue carrière chez Michelin où il débute comme commercial, à Roanne. Il enchaîne ensuite les postes de directeur commercial puis de directeur général à travers le monde, avant de quitter définitivement le fabricant de pneus le 31 mars.

« C’est un leader, un meneur d’hommes visionnaire capable de motiver ses troupes », assure le directeur général de Limagrain Daniel Chéron, dont le groupe de semences agricoles est un des sponsors officiels du club.

Épicurien et jovial

Pour beaucoup, la personnalité de ce personnage « épicurien et jovial » tranche avec celle de son prédécesseur, qui jonglait avec ses fonctions de maire d’Eygalières (Bouches-du-Rhône).

« C’est un président à temps plein. J’ai plus parlé avec lui depuis son arrivée qu’en sept ans avec René Fontès. Lors des matches à domicile, il vient rencontrer les supporteurs dans l’enceinte du stade, on n’était pas habitué », relate le président de l’Interclubs des supporteurs, Thierry Fraisse, qui loue « son sens de l’écoute ».

Pourtant l’homme, qui ne jure que par le contact humain, se fait plutôt rare dans les médias. Il ne possède pas de page Wikipédia, ne regarde jamais la télévision et n’écoute pas la radio. « Ce que l’on peut dire de moi ne m’intéresse pas. La vedette? C’est le club. La visibilité? La Yellow Army », assène ce patriarche aux cinq enfants.

La provocation comme à Toulon? Bien peu pour lui. « Mourad Boudjellal a son charisme, sa manière de communiquer. Très bien. Mais il ne faut pas confondre la pensée des hommes avec leur façon de s’exprimer. C’est le fond qui fait avancer les choses, pas la forme », assène le dirigeant clermontois qui fuit la polémique « en public ».

Au point de commettre parfois des « maladresses », comme lors du dernier match à domicile contre Toulon, où il a demandé aux supporteurs de cesser d’huer et d’être « gentils » avec l’arbitre.

« A l’ASM, il ne faut surtout pas faire de vagues, critiquer lorsque l’on perd une énième fois en finale. On doit être de gentils losers et se contenter de la deuxième place », regrette le fondateur des Ultra Vulcans, Aurélien Dupuis, déplorant une direction « bisounours ». « Il nous manque un dirigeant combattif, avec un discours guerrier. »

Très observateur depuis son début de mandat, Éric de Cromières « sait s’affirmer quand c’est nécessaire », répond Nicolas Nuger qui dirige la communication de la banque du même nom, autre sponsor. « C’est quelqu’un de bien élévé, avec des principes. Ce n’est certes pas un communiquant mais un dirigeant rassurant, à l’image du club.« 

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

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