C’est quelques heures avant le choc entre Toulon et les Sharks que j’ai la chance de rencontrer Thomas Lombard. Ponctuel Thomas me rejoint, nous nous installons pour une heure de discussion sur différents aspects du rugby actuel.
Première partie aujourd’hui, nous revenons sur le parcours de Thomas et sur sa vie actuelle.

Thomas Lombard, le consultant rugby qui fait le plus l'unanimité.

Thomas Lombard, le consultant rugby qui fait le plus l’unanimité.

Thomas, vous êtes parisien. On va dire que le bassin parisien n’est pas une terre de rugby comme peut l’être le sud-ouest. Pour vous le rugby c’était une évidence ou c’est venu un peu par hasard ?

Ni une évidence, ni un hasard, mais mon père jouait au rugby, donc je vais dire que je suis venu au rugby par atavisme paternel et à un moment on a toujours envie de marcher sur les traces de son papa. J’ai fait du tennis et un peu de sports co comme le foot, mais le foot ne me plaisait pas vraiment. Je suis venu au rugby vers l’âge de 12 ans et je ne l’ai plus quitté ensuite.

Débuts au Chesnay, puis à Versailles, si je vous dis que le rugby c’est l’école de la vie vous confirmez ?

Oui, j’y ai retrouvé des notions de convivialité, de partage, d’altruisme. Puis, il y avait l’aspect festif qu’on peut retrouver même en catégorie de jeunes, comme lors de déplacements de tournois. C’était une belle époque.

Ensuite le Racing…

Oui, Versailles jusqu’en première année cadets, puis le Racing. J’étais en section sports études au lycée Lakanal à Sceaux. J’avais déjà un pied vers les filières de haut niveau. Je pars donc vers le Racing puisque il y avait plus de perspectives de jouer le haut du niveau et j’avais aussi pas mal de copains de sélections de jeunes qui évoluaient là bas.

Vous tombez en fait au début du professionnalisme.

Effectivement, quand je commence à jouer en première en 93-94, tout se passe très vite ensuite puisqu’il y a la coupe du Monde 95 qui arrive et la fédération tarde un peu mais décide de franchir le pas. Je deviens donc pro, même si à l’époque on garde des rythmes d’entraînement qui sont des restes de l’amateurisme et qui ne sont pas comparables avec ceux de maintenant.

C’était comment le Racing à l’époque? Un peu compliqué non? Fin de l’époque show-bizz, etc.

Oui, pas tout à fait, mais c’est vrai que ça se précipite un peu brutalement la dernière année, celle de Bob Dwyer, mais il restait quand même au début Cabannes, Mesnel, Deslandes, Blond, Denis Charvet, Laurent Bénézech, du très beau monde quoi. C’était encore une belle équipe. Mais effectivement une phase de transition était en train de se préparer. Cette génération là était plutôt en fin de parcours et derrière il y a quelques difficultés d’ordre sportif qui arrivent.

Le Racing tombe un peu et c’est le Stade Français qui émerge. Vous rejoignez alors le Stade Français.

Oui, je reste une année en groupe B avec le Racing avec lequel on fait un barrage contre Toulon pour accéder en groupe A qu’on perd (1996-97). Puis les deux équipes ont un peu des trajectoires opposées avec les années difficiles pour le Racing et les années de gloire du Stade Français. Bernard Laporte me contacte alors et je prends la décision de le rejoindre, mais la décision n’a pas été simple à prendre. Il était difficile de laisser ses potes, ses amis.

Derrière, c’est la grande époque du Stade Français.

Effectivement, tout va très vite derrière. On est champion de France la première année et là, pour le coup, je rentre en plein dans le professionnalisme, même si la première année j’étais au Bataillon de Joinville à l’armée et que je passais moins de temps au club que la plupart de mes coéquipiers. Mais là on était déjà passé à un entraînement voire deux quotidiens. Un peu comparable à ce qui se fait aujourd’hui.
Personne ne nous attendait, on était l’équipe surprise, bien qu’il y ait des super joueurs dans l’équipe. Mais on était considéré comme un mirage, un ovni. Mais ça a commencé à faire beaucoup de bruit autour de nous quand on bat sèchement le Stade Toulousain en demi à Brive. Puis en finale, on écarte facilement Perpignan qui passe complètement à côté de sa finale.

4 titres de champion avec le Stade Français. Un seul regret peut-être, la finale de Coupe d’Europe de 2001 contre Leicester que vous perdez en toute fin de rencontre à l’issue d’une superbe finale ?

Oui, mais honnêtement ils nous sont supérieurs ce jour là. Diego (Dominguez) nous maintient à flot avec une réussite insolente au pied comme il avait l’habitude d’avoir. Mais en face, c’était une très belle équipe. On peut toujours regretter de ne pas l’avoir gagnée mais je n’ai pas le souvenir qu’on ait été dans la position de Toulon ou de Clermont ces dernières années où dans les matches de poule et phases finales tu sens qu’il y a une supériorité affichée. On faisait partie des équipes qui pouvaient la gagner, mais on n’était pas l’équipe qui devait la gagner.

Thomas Lombard abattu après la défaite face à Leicester en finale de HCup en 2001

Thomas Lombard abattu après la défaite face à Leicester en finale de HCup en 2001

Vous êtes rapidement sélectionné en équipe de France. Première sélection en 98, premier essai dès la deuxième sélection contre l’Australie. Là aussi, ça va super vite. Peut-être le regret de ne pas avoir disputé la Coupe du Monde un an plus tard ?

Effectivement, c’est toujours un regret. Je suis arrivé vite, j’ai rapidement été titulaire à un an de la Coupe du Monde. Mais cette arrivée rapide, je la dois aux performances du Stade Français, mais sur la saison 98-99 on a un creux dans la saison une fois le tournoi terminé. On ne se qualifie d’ailleurs pas pour les phases finales du championnat (élimination en quarts de finale 19 – 51 à Toulouse). On gagne le Du Manoir derrière toutefois, mais le Stade Français a été moins performant, j’ai aussi été moins performant et comme tout joueur on est aussi tributaire des performances de son club. Il y a aussi un choix des sélectionneurs qui avait arrêté un groupe pour partir à la Coupe du monde. Ils avaient leur équipe type dans laquelle je n’apparaissais pas, mais ensuite il ont choisi des joueurs moins expérimentés. C’est pour ça d’ailleurs je pense qu’ils ont fait beaucoup appel aussi à des joueurs non-capés pour cette Coupe du Monde (Jimmy Marlu, Cédric Desbrosses, Stéphane Castaignède). C’est une stratégie que je comprends tout à fait mais qui fait que je suis resté à la maison.

Deuxième sélection et premier essai contre l'Australie en 1998

Deuxième sélection et premier essai contre l’Australie en 1998

2004, c’est la fin de l’ère Nick Mallett au Stade Français, vous décidez de partir du club.

Oui, j’avais fait un peu le tour, on avait tout gagné. J’avais envie de faire autre chose, me relancer peut-être. J’aurais pu choisir le confort et rester au club puisque j’avais encore deux années de contrat, mais j’avais une opportunité. Ma première fille était née, mais était encore jeune et c’était peut-être le bon moment pour partir. Même si après coup, je dois avouer que quand j’ai appris que Nick Mallett partait, je me suis posé la question. Mais je ne regrette absolument pas mon choix. Worcester n’était pas le plus grand club anglais, mais l’idée n’était pas forcément d’aller dans un club qui dominait tout. Puisque j’avais déjà eu cette situation de confort par rapport aux résultats avec le Stade Français. C’était plus l’aventure qui était intéressante, et il y avait un challenge sportif avec Worcester qui consistait à devenir la première équipe à se maintenir après avoir été promue puisque cela n’était jamais arrivé avant qu’on ne le fasse. De ce point de vue cela a été une aventure humaine intéressante, sans parler du sportif.

Lors de ses adieux sous le maillot de Worcester

Lors de ses adieux sous le maillot de Worcester

On note d’ailleurs que vous vous intéressez de très près au rugby anglais. On sent que vous vous êtes régalé là-bas. Vous appréciez ce côté plus cadré, moins bordélique qu’on sent qu’il peut exister parfois en France?

Je ne veux pas parler du rugby et de l’organisation générale du rugby parce que c’est toujours très délicat, mais en revanche, du point de vue de la structure du club c’était top. Au stade français on était un peu un club nomade, on n’avait pas de centre d’entraînement, on prenait souvent la voiture et là je suis arrivé dans un club qui était structuré, centralisé, où tout se passait au même endroit avec la rigueur et la discipline anglaises. Une phase de préparation très dure, beaucoup d’encadrement à tous les niveaux. Tout était beaucoup plus élaboré et cadré que ce que j’avais pu connaître jusqu’à alors. Ca a été un changement de situation qui m’a interpellé effectivement.

Finalement, vous bouclez la boucle avec un retour au Racing. Malheureusement, vous perdez en finale d’accession contre le Stade Montois.

Oui, on avait une bonne équipe, on était un peu jeune collectivement. On était sans doute individuellement supérieur à beaucoup de nos adversaires, mais la Pro D2 ce n’est pas que ça, et on a perdu face à une équipe de Mont-de-Marsan beaucoup plus unie et déterminée que nous même si le match se joue aux prolongations. Mais à un moment, ils ont eu un peu plus d’expérience ensemble ce qui leur a permis de se sublimer et nous, on a calé.

Malheureusement derrière vous devez mettre un terme à votre carrière pour des soucis cardiaques.

Oui, on me détecte une fuite aortique, qui ne m’a pas laissé le choix.

Fin de carrière précipitée sous le maillot du Racing

Fin de carrière précipitée sous le maillot du Racing

Ça ne doit pas être facile, vous n’avez pas eu le temps de vous y préparer.

C’est brutal en effet. Mais est-ce que finalement il y a une bonne façon d’arrêter sa carrière ? L’avantage, c’est que je n’avais pas à réfléchir 0 quand arrêter ma carrière, cela m’a été imposé et c’est vrai que le positif dans l’histoire c’est que j’ai tout de suite eu des sollicitations qui m’ont permis de m’occuper mais surtout de rester dans le rugby.

Vous devenez consultant dès 2007 alors que vous jouez encore.

Il y a toujours un manque c’est sûr, mais je restais dans mon univers. Je n’étais plus sur le terrain mais en dehors et je n’ai donc pas ressenti de manque d’être sur le terrain, d’être avec les terrains.

Aucune envie d’être entraîneur ?

Pour le moment non, cela n’a jamais été un but.

Vous êtes peut-être le commentateur qui fait le plus l’unanimité sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous le ressentez et est-ce que vous avez une explication ?

Non, je n’ai aucune explication, il est vrai que Midi Olympique avait fait un sondage auprès des entraîneurs qui me plaçaient en tête. J’essaie juste de faire mon boulot du mieux possible, comme quand je jouais. J’ai choisi d’être consultant à part entière et non en complément d’une activité. Du coup cela me dégage des périodes de temps plus grandes pour préparer mes matches, visionner mes matches, lire la presse, etc. Peut-être que l’explication vient de là. Cela me ravit en tout cas, et j’espère que cela va continuer.

Comment se présente une semaine de consultant ? Lecture des journaux, … ?

En effet, j’aime beaucoup lire la presse anglaise en ce qui me concerne, je vais aussi sur les sites étrangers puisque je commente le Super rugby pour Canal. C’est aussi un moyen d’avoir des informations et des points de comparaison sur l’organisation générale, etc. Après, j’aime bien regarder les matches que je n’ai pas vus. Cela prend du temps mais on a la chance avec Canal d’avoir une base de données qui est accessible en permanence. Donc, tout cela me prend deux, trois jours par semaine. Puis il y a aussi la radio et comme j’interviens aussi pas mal en entreprise sur des séminaires et des conventions, cela fait des bonnes semaines.

Rendez vous la semaine prochaine pour la seconde partie de l’interview dans laquelle nous reviendrons sur des analyses du rugby français, anglais ainsi que de l’hémisphère sud.

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

2 Réponses

  1. PECUSSEAU

    Jérémy, pourquoi nous n’avons pas eu la suite de cet interview ?
    Bonne continuation à vous

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