A peine deux semaines avant le début du Six-Nations, Adam Jones a pris sa retraite internationale. L’annonce met un terme à quelques mois compliqués entre le pilier et sa sélection.

Adam Jones

Adam Jones

Ses bouclettes abandonnent le XV gallois. A première vue, le pilier droit ne fait pas trembler grand monde, malgré son mètre 83 et ses quelque 120 kilos. Une petite barbe aux reflets roux, un visage rond, une démarche pataude, et évidemment une chevelure indisciplinée, le joueur n’est pas l’incarnation de l’élégance sur un terrain.
Peu importe, Adam Rhys Jones n’est pas là pour faire rêver un stade entier, ou pour vanter des cosmétiques. Mais il convainc dans son jeu. La preuve : à seulement 22 ans, le 23 août 2003, le pilier connaît sa première sélection. Ce sera aussi sa première défaite face à l’Angleterre, au Millenium Stadium.
Le Pays de Galles se fait humilier ce jour-là, 43 à 9. Pas un cadeau pour une première cape chez les grands. Coïncidence ou pas, Adam Jones ne perdra plus face au XV de la Rose dans son stade mythique.

Des grands chelems au banc

Malgré un physique facile à moquer, Il est longtemps considéré comme le meilleur pilier droit du monde. Il faut dire que son palmarès avec le Pays de Galles force au respect.
Quadruple vainqueur du Six-Nations, il appartient à la petite caste qui a vécu trois grand chelems : en 2005, 2008 et 2012. En Coupe du Monde, il joue un quart de finale en Australie, en 2003, puis une demi-finale en Nouvelle-Zélande, en 2011.
Difficile alors de lire la déclaration d’Adam Jones dans le Sunday Time ce 25 janvier 2015 : « Ce n’est évidemment pas la façon dont je voulais terminer ma carrière, ce n’est pas ce que j’avais prévu ». Le pilier indique également que sa réflexion remonte au dernier match du Six-Nations 2014 (victoire contre l’Ecosse à Cardiff), lorsqu’il a été poussé sur le banc par Rhodri Jones.
Pourtant, le droitier garde espoir : « J’étais assez content de la manière dont les choses évoluaient, et je pensais que je reviendrais. Et puis, il y a eu ces trente minutes en Afrique du Sud ».
Trois mois plus tard, le 14 juin 2014, à Durban, Adam Jones vit donc sa dernière sélection, la 100e avec le Pays de Galles ou les Lions. En entrant sur le terrain, évidemment, il ne le sait pas. Mais, très vite, il va comprendre que Warren Gatland ne compte plus vraiment sur lui.
Chahuté en mêlée face à l’Afrique du Sud, le sélectionneur le punit : à la trentième minute, il est remplacé par Lee, et sa tournée est terminée. Pour celle d’automne, le droitier n’est carrément plus dans le groupe gallois.

Un choix de poids

Avant Noël, il prend une décision : s’il n’est pas retenu pour le Six-Nations, il arrête. Le chevelu gallois sait que son poids est un problème pour la sélection. Il a donc promis de s’affuter, de tout faire pour revenir et surtout pour être présent à la Coupe du Monde, mais c’est « trop compliqué à vivre pour [sa] famille ».
Le 25 janvier, il tire un trait sur sa carrière internationale, sans un dernier Six-Nations, sans une dernière Coupe du Monde. Son dernier match sous le maillot rouge sera donc une défaite à Durban (38-16), trente minutes à se faire bousculer en mêlée.
Lorsque Rhodri Jones, son concurrent, se blesse à l’épaule, Warren Gatland appelle Scott Andrews. Adam Jones perd donc sa place, et c’est son remplaçant au Cardiff Blues qui a la faveur du sélectionneur. Samson Lee est le droitier numéro 1.
Warren Gatland indique pourtant que « la porte n’est pas définitivement fermée », qu’Adam Jones pourrait faire partie des 45 joueurs à préparer la Coupe du Monde. Ce n’est pas suffisant pour le pilier. Pour ce Tournoi, le sélectionneur ne prend pas la peine de l’appeler : c’est l’entraîneur des arrières, Robin McBryde, qui lui annonce qu’il n’est pas retenu.
A l’annonce de sa retraite internationale, Warren Gatland réagit froidement dans un communiqué de la Fédération : « Nous lui souhaitons bonne chance pour la suite de sa carrière avec les Cardiff Blues ». Puis, il se dit « surpris » de la décision d’Adam Jones, et loue la carrière du joueur. « C’est évident qu’Adam a joué un rôle primordial dans le succès du Pays de Galles », a-t-il déclaré à la BBC.
Le pilier droit aux trois grands chelems reste lui aussi reconnaissant envers son sélectionneur malgré ces derniers mois difficiles. Au Sunday Times, il décrit leur relation : « Warren est l’homme qui est venu vers moi et m’a sauvé, il m’a donné un coup de pied [au derrière]. Il a eu une influence énorme sur moi […] Je ne suis pas d’accord avec ce qu’il fait en ce moment, je ne suis pas d’accord quand il ne me sélectionne pas. […] Mais il a choisi ceux qu’il pense être les meilleurs ».
Adam Jones va vouloir être le meilleur avec les Cardiff Blues. Son contrat de joueur se termine à la fin de la saison, mais il se voit bien continuer le rugby deux ou trois ans, puis entraîner des avants.

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