C’était le 27 Janvier 1973 à Cardiff les barbarians recevaient les All-Blacks et s’y on parle encore de ce match 42 ans après c’est bien parce qu’il a marqué les esprits. Du jeu, des relances folles, un essai de légende, bref tout ce qui fait qu’on aime le rugby.

Un contexte particulier

Alors que d’habitude les matches des Barbarians sont l’occasion de s’amuser et de se faire plaisir, ce n’était pas du tout le cas de cette rencontre. En effet les Lions britanniques et irlandais ont gagné la série de matches deux auparavant en Nouvelle-Zélande mais les deux équipes s’étaient laissées sur un match nul lors du quatrième match.

La tournée des lions britanniques et irlandais de 1971:

26 juin 1971 Dunedin Nouvelle-Zélande – Lions britanniques 3 – 9
10 juillet 1971 Christchurch Nouvelle-Zélande – Lions britanniques 22 – 12
31 juillet 1971 Wellington Nouvelle-Zélande – Lions britanniques 3 – 13
4 août 1971 Auckland Nouvelle-Zélande – Lions britanniques 14 – 14

Le troisième ligne et capitaine néo-zélandais Ian Kirkpatrick a ainsi déclaré : « Dans mon esprit la rencontre avec les Barbarians devait être un prétexte à la pratique d’un rugby en fanfare. Mais il semble que nous allons disputer un cinquième test faisant suite aux quatre de 1971. »
Cette victoire des Lions britanniques et irlandais est d’ailleurs la première remportée par une équipe des Lions sur le sol néo-zélandais rajoutant au sentiment de revanche.

Avant cette rencontre les néo-zélandais avaient manqué le grand chelem britannique en concédant le match nul contre les irlandais (13-13), mais ils avaient battu les anglais, gallois et écossais. Toutefois les all-blacks avaient concédé une défaite historique lors d’un match de semaine contre Llanelli (3-9).
Côté Barbarians c’est une véritable sélection des Lions qui est choisie pour ce match. Même s’il manquait l’immense Barry John qui venait de prendre sa retraite un an plus tôt à seulement 27 ans, les meilleurs joueurs sont présents. Le pilier écossais Carmichael, les Irlandais MCLoughlin, McBride, Slaterry et Gibson, l’ailier anglais Duckham ainsi qu’une demi douzaine de gallois qui dominaient alors le tournoi européen (JPR Williams, John Bevan, John Dawes, Phil Bennett, Gareth Edwards et Derek Quinnell). Mais le côté et l’esprit Barbarians étaient aussi présents avec des joueurs sans sélection internationale comme le deuxième ligne anglais Wilkinson et le troisième ligne gallois Tom David. Mais on peut relever aussi une entorse à l’esprit Barbarians avec la présence de Carwyn James, l’entraineur gallois qui avait mené à la victoire les Lions de 1971. Sa présence avait été imposée par John Dawes que l’on sorti de sa retraite internationale à la seule condition que James soit présent. « J’ai reçu un appel le dimanche précédent le match, » se souvient le centre gallois. « Mon choix n’était pas aussi simple que vous pouvez le penser. Je m’étais retiré du circuit international après la tournée victorieuse des Lions en 1971, équipe dont j’étais le capitaine, un moment de gloire unique dans une carrière. Mon club des London Welsh devait jouer un match important ce jour-là en coupe contre les London Scottish. Je vous rappelle demain » ai-je répondu. « Mon club m’a finalement laissé partir avec les Baa-Baas. Cela aurait été impossible de nos jours. »

Mais les Barbarians se préparèrent seuls sans la présence de Carwyn James. Les entrainements sur les installations du Penrath RFC furent calamiteux. Aucune combinaison ne passait, les maladresses étaient légion. Bref rien ne pouvait présager l’essai du siècle.
Carwyn James retrouva les joueurs à 11h le jour du match. Il s’adressa alors à eux et conclut son discours par son sempiternel « Play your natural game ». Il prit aussi à partie Phil Bennett qui avait la lourde tâche de remplacer Barry John « Nous savons ce que tu sais faire. Maintenant il faut que tu le montres au monde entier ».

Le match

Le match en entier

Après un haka qui nous semble un peu désuet quand on voit les chorégraphies que se livrent les all blacks d’aujourd’hui lors de ce cérémonial, le match démarre sur les chapeaux de roue. Le ballon va d’un côté à l’autre et c’est complètement désordonné, ça attaque de tous les côtés avec de grands dégagements au pied. L’arbitre de la rencontre, le français George Domecq raconte « Quand Bennett réceptionne un grand coup de pied de Bryan Williams à dix mètres de son en-but, tout le monde crut que le moment de souffler était venu, que l’ouvreur des Barbarians allait dégager en touche pour donner un peu d’air à son équipe. Mais c’est à ce moment que tout se produit. Bennett doit taper en touche, il en a le temps, il n’y a rien d’autre à faire dans sa position. Mais il ne le fait pas et le match devient fou ».
« Je pensais moins à ce moment-là à enclencher une action d’essai qu’à éviter la menace d’Alistair Scown que je sentais venir sur ma droite, » se rappelle Bennett. Mon crochet n’avait d’autre but que de l’éviter ». Après avoir effacé Scown, il efface le centre Hurst et sur une nouvelle accélération, il élimine Kirkpatrick et Urlich avant de servir JPR Williams. Celui-ci, malgré une cravate de Bryan Williams réussit à transmettre au talonneur John Pullin. C’est le seul joueur non gallois de l’action et lui aussi est touché par la grâce du moment, la magie des Barbarians « Je pense que si j’avais joué pour l’Angleterre, j’aurais donné un coup de pied » a-t-il notamment concédé quelques années plus tard. Mais Pullin porte le ballon quelques mètres avant de faire la passe à John Dawes. Dawes redresse alors sa course et revient vers l’extérieur pour ne pas enfermer ses partenaires. Il retrouve après avoir fixé Going son troisième ligne Tom David. Le troisième ligne gallois continue à redresser sa course et réussit un superbe off-load pour Derek Quinnell qui réceptionne la balle pratiquement au sol et réussit à transmettre d’une main à Gareth Edwards qui arrive lancé comme un frelon et dépose tout le monde pour marquer un coin l’essai du siècle. On ne résiste pas à vous transcrire les commentaires restés célèbres de Cliff Morgan sur la BBC « Brilliant, oh that’s brilliant! John Williams … Brian Williams … Pullin … John Dawes … great dummy … David, Tom David … the halfway line … brilliant, by Quinnell … this is Gareth Edwards … a dramatic start … what a score! »

« Aujourd’hui encore quand je revois mon essais je me dis, « Wow ! Je ne peux pas croire que c’est arrivé » indique Gareth Edwards « Je me souviens du grondement fantastique de la foule. Moi qui avait si souvent joué à l’Arms Park… Là c’était proprement incroyable! J’ai souhaité très fort qu’on jouât là les cinq dernières minutes du match parce qu’on voulait vraiment battre ces néo-zélandais. Or, il restait 75 minutes à jouer ». Ce sentiment qu’il se passait un événement extraordinaire a aussi été ressenti par Georges Domercq « Il y avait une sorte de grondement du public, un bruit continu durant tout le match. Depuis la pelouse, il était impossible de ne pas remarquer à quel point les spectateurs sentaient qu’il se passait un événement extraordinaire ».

Cet état de grâce se poursuivit tout le long de la rencontre, les 45000 spectateurs du vieil Arms Park assistèrent à un match incroyable. « Cet essai nous a inspiré pour le reste du match » poursuit Edwards. Ça a été un catalyseur : toutes nos tensions, tous nos doutes se sont dissipés d’un coup. Nous avons ensuite réalisé des actions offensives de grande qualité. Grâce à cette action collective victorieuse, on redevenait une vraie équipe. Ça nous a ressoudé. »
De fait les Barbarians firent subir l’enfer aux all-blacks en première mi-temps jusqu’à mener 17-0 à la pause!
Mais les all blacks ne sont jamais morts et ils le prouveront dans une deuxième mi-temps difficile pour les Barbarians. « Bien que le match reste dans les mémoires pour la cascade d’attaques qui a été déclenchée, le facteur le plus significatif, celui sur lequel l’équipe des Barbarians fonda son succès, reste sa capacité à endurer sans cesse la pression néo-zélandaise », rappelle John Dawes. « Car en seconde période, ce sont bien ces Blacks qui eurent l’initiative du jeu. »
Toujours selon John Dawes « Les blacks doivent être félicités pour être entrés dans cette joyeuse partie en jouant avec plus d’enthousiasme qu’ils ne l’avaient fait tout au long de cette tournée. Les Blacks se sont mis à très bien jouer, surtout en deuxième mi-temps, » confirme Edwards. « Techniquement on l’a emporté parce qu’on a très bien défendu en deuxième période. Avoir souvent joué ensemble auparavant a été important dans notre victoire à l’Arms Park et sur l’action d’essai(…). La camaraderie et l’esprit d’équipe : c’est ce qui faisait la force des Lions et donc celle des Barbarians. »

De ce match resté à la postérité on se souvient du talent des quatre ailiers inventant des axes de course inusités, l’obligation des « Baa-baas » de voler en défense les ballons qu’ils n’eurent pas en touche, la longueur des courses de l’arrière des Blacks, Joe Karam, l’emprise d’Edwards sur Going, qu’il faudra finalement remplacer.

« J’ai passé les trente dernières années à essayer d’oublier ce satané match » confiait Ian Kirkpatrick en 2003. « La plupart des kiwis admettent aujourd’hui que c’était un match merveilleux malgré le résultat. Mais si vous regardez la force du rugby britannique à cette époque, il faut reconnaitre qu’on ne s’en est pas mal tirés ».

A propos de l'auteur

Passionné de rugby depuis ma tendre enfance que j'ai passée dans les travées de la tribune CGT du stade Aimé Giral, je suis l'initiateur du projet Up And Under depuis Juillet 2013.

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